L'Eglise de Nax

L'Eglise de Nax

Histoire

Eglise

Un acte de 1204 signale une église paroissiale qui avait remplacé une chapelle de l'époque carolingienne.
En 1695, l'évêque Adrien V de Riedmatten consacra une nouvelle église de style baroque, mais on avait conservé le chœur polygonal voûté d'arêtes et le clocher construits au XIVe siècle.
De nombreuses restaurations ont eu lieu depuis : on notera celle de 1910, après la catastrophe, conduite par les architectes sédunois Joseph de Kalbermatten et son fils Alphonse ; et la dernière en 1992.
Les retables baroques sont ornés de nombreuses statues, dont celle de saint Maurice au maître-autel.

Auteur du texte : Michel Galliker. Site de l'Abbaye de Saint-Maurice

Il est à relever que lors du terrible incendie de 1837, l'Eglise fût l'un des rares bâtiments préservés.

Le Saint-Patron

Saint-Maurice est le Saint-Patron de l'Eglise de Nax.

En 1432, Le vénérable Chapitre de Sion donne à l'église de Nax un os du doigt d'un martyr thébéen et des vêtemens de saint Théodule.

Cité par deux sources, une passion anonyme ainsi qu'une passion de Eucher de Lyon, l'historicité de cet épisode est controversée à cause de plusieurs invraisemblances historiques des textes, par exemple l'inexistence de cette légion dans la liste des légions romaines de l'époque. Selon le texte de la passion d'Eucher, de passage à Agaune, Maurice d'Agaune, commandant de cette légion, et d'autres officiers refusèrent de sacrifier au culte de l'empereur. Il fut mis à mort, ainsi que ses compagnons.
Selon le texte de la passion anonyme, le co-empereur Maximien Hercule fit appel en 286 à la légion thébaine pour persécuter les chrétiens du Valais. La plupart des légionnaires étant chrétiens coptes, ils refusèrent d'exécuter les ordres impériaux, sur quoi, ils furent massacrés jusqu'au dernier. Un siècle plus tard, la basilique d'Agaune fut construite sur le lieu présumé du massacre. Les restes du martyr auraient été exhumés par Théodore, premier évêque nommément connu d'Octodure (aujourd'hui Martigny), fondateur du sanctuaire d'Agaune, qui prit le nom de Saint-Maurice.
Ce sanctuaire devint l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune en 515, sous le règne du roi burgonde Sigismond. Le premier roi de Bourgogne transjurane, le comte d'Auxerre Rodolphe Ier, y fut couronné en 888.
Une inscription latine parlant de Junius Marinus, mort en combattant l'ennemi, a été retrouvée à Saint-Maurice.

Des trouvailles

Vers la fin du XVIle siècle et au début du XVIlle, la paroisse de Nax a considérablement enrichi son patrimoine artistique de plusieurs pièces de valeur qui ont heureusement été conservées. Sans vouloir dresser ici un inventaire exhaustif, on peut signaler deux autels érigés vers 1700, une armoire Renaissance datée 1712, une horloge de clocher datée 1724, divers objets de culte dont un ciboire de 1730 et un calice de 1739...
Il s'agit là d'une assez étonnante collection réunie par Antoine Moret qui a été curé de la paroisse de 1689 à 1739.
Elle témoigne de son goût pour l'art et du soin apporté à l'embellissement de l'église qu'il avait « orientée » à l'ouest lors de la reconstruction de 1694.
A cet ensemble de biens meubles, il faut encore adjoindre quelques-uns qui proviennent de l'église précédente, notamment l'autel latéral gauche, ou du moins des parties de celui-ci, un superbe Christ placé dans le porche d'entrée et une peinture de 1674 qui a été retrouvée dans les combles de l'ancienne cure.

tableau retrouvé
C'est une grande huile sur toile (157x105 cm), non signée, mais qui porte en bas au centre une longue inscription latine: Laudabilis Communitas de Nax + et de Vernamiesia + Curaverunt pingi hanc Imaginem in honorem Sanctissimae Trinitatis ac gloriosissimae Virginis Mariae Matris Domini nostri Jesu Christi et in honorem Sancti Joannis Baptistae praecursoris Domini ac Sancti Josephi Sponsi Beatissimae Virginis Mariae ac Tutoris Domini nostri Jesu Christi 1.6.7.4 Die 6 Mensis Maii. Ce qui signifie: Les louables communes de Nax et de Vernamiège ont pris soin de faire peindre cette image en l'honneur de la Sainte-Trinité et de la glorieuse Vierge Marie, mère de Notre Seigneur Jésus-Christ, et en l'honneur de Saint-Jean-Baptiste précurseur du Seigneur et de saint Joseph époux de la bienheureuse Vierge Marie et tuteur de Notre Seigneur Jésus-Christ, en 1674, le 6e jour du mois de mai.
Dans la partie supérieure de la toile, la Trinité et la Vierge peuplent les nuages célestes. Sous la Colombe symbolisant le Saint-Esprit, trônent Dieu le Père et Jésus-Christ qui couronnent la Vierge Marie. A droite le Père soutient le globe terrestre de sa main gauche et tend la couronne de l'autre; il porte une chape de brocart rouge et or, et contrairement aux autres personnages, il est très curieusement auréolé d'un nimbe triangulaire. De l'autre côté, son Fils tient dans la main droite une croix oriflammée et de la main gauche impose la couronne; il est vêtu de rouge. La Vierge agenouillée est revêtue d'une robe bleue qui tombe sans pli sous le poids de l'étoffe. Dans l'espace inférieur du tableau, on remarque à gauche saint Jean-Baptiste avec une croix et phylactère à sa main droite et l'Agneau à ses pieds. Tandis qu'à l'opposé on trouve saint Joseph habillé de vert sous un manteau rouge et tenant son symbole de la main gauche. Ces deux personnages figurent au premier plan de la scène et se tiennent debout sur un paysage de montagnes au centre duquel s'ouvre une grande vallée qui pourrait représenter la plaine du Rhône. L'ensemble du tableau présente une belle harmonie de couleurs et une bonne utilisation de l'espace. On remarquera toutefois que les personnages ont une attitude plutôt figée et peu expressive.
En l'état actuel de la recherche sur la peinture valaisanne, il est bien difficile d'attribuer cette oeuvre à un artiste ou à un atelier. On sait en revanche qu'elle a été commandée, pour l'autel de la Sainte-Trinité, par Nax et Vernamiège qui formaient alors une seule paroisse.
L'existence de cet autel nous est révélée la première fois dans l'acte de consécration (l 2 juin 1695) de l'église reconstruite, qui signale en outre la présence des autels de Saint-Maurice, de Saint-Gothard et du Saint-Rosaire. Puis les actes de visite épiscopale (1705, 1764, 1856,1861) rappelleront successivement leur présence en précisant même que l'autel de la Trinité se trouvait à droite en entrant dans l'église.
En 1874 on agrandit à nouveau l'église en l'augmentant d'une travée et l'on change en partie la distribution du mobilier. A cette occasion on a vraisemblablement remanié l'autel latéral gauche qui semble être de la même époque que le tableau que nous venons de décrire. Par contre, la toile du Sacré-Cœur qui couronne l'autel doit dater de ce remaniement. L'autel de la Sainte-Trinité a en tout cas été déposé à cette date et le seul élément de sa composition qui subsiste est la toile du retable reproduite ci-devant. Longtemps elle est restée accrochée au mur de la nef, près de l'autel dédié à saint Gothard - en témoigne une photographie de la catastrophe de 1909 - avant d'être reléguée au galetas de l'ancienne cure. Outre la valeur historique et artistique indéniable de ce tableau retrouvé, il faut le considérer comme appartenant aux biens inaliénables que nos pères nous ont légués. Partant, en notre qualité de mandataires, nous devons le transmettre intact à nos descendants. On peut donc espérer qu'on lui accordera l'attention qu'il mérite et que l'on mettra bientôt sa restauration au programme.

eglise gauchemilieudroite

Le carillon

Ligue suisse du patrimoine national Heimatschutz, Section du Valais romand, Bulletin N°2, Mai 1996, Jean-Marc Biner

 

Sans faire de recherches d'archives ou une étude archéologique poussée de son appareil, on ne peut dater avec précision cette belle tour carrée que coiffe une flèche élancée.
Pourtant, son apparence plutôt médiévale nous permet de penser que ce clocher pourrait avoir été construit en même temps que l'église, dont on connaît l'existence au XIVe siècle déjà.
Si tel ne devait pas être le cas, on peut à tout le moins dire qu'il a été construit à la manière ancienne.
Son gros et harmonieux appareil, les trous de boulin encore visibles sur l'ensemble de la construction, ainsi que les fenêtres géminées des quatre faces au dernier étage, évoquent les clochers de style roman; la flèche percée de huit lucarnes rappelle cependant plutôt un style gothique. Son aspect général en fait un frère de nombre de nos clochers du XlVe et du XVe siècles; nous pensons par exemple à celui de Notre-Dame du Marais à Sierre ou à celui de Géronde. Il demeure en tout cas le plus ancien élément de l'église de Nax, souvent remaniée au cours des siècles.

A l'intérieur du clocher, des échelles étroites et presque verticales qui, en quatre paliers, nous conduisent au beffroi.

Dans l'enchevêtrement des poutres, nous avons ensuite pu découvrir les cloches.
Elles sont au nombre de quatre en disposition verticale, c'est-à-dire placées deux et deux, les plus petites au-dessus des deux grandes.
D'époques tout à fait différentes, elles ne sont pas d'un même fondeur, elles n'ont ni les mêmes dimensions, ni les mêmes décors. Cependant, leurs inscriptions se situent presque toutes, en langage campanographique, au cerveau, tandis que la signature des fondeurs se trouve à la gorge. Les saussures s'ornent de médaillons; des rinceaux courent autour de la couronne et de la panse. Voici, l'une après l'autre, ce qu'elles nous révèlent:

La plus petite cloche a un diamètre de 63 cm; tonalité Fa. Une inscription latine en capitales romaines, mais partiellement effacée, nous dévoile qu'elle a été fondue en l'honneur de saint Maurice: IN HON [orem] S [anc] T [i] MAURITII FUSA SUM. Entre deux frises d'arabesques, elle est décorée de médaillons connus de la famille des fondeurs de cloches Walpen: saint Théodule, Crucifixion, Vierge à l'enfant et saint Antoine de Padoue. La cloche est signéee BFW, soit Bonifaz Walpen, et porte la date de 1824.

La deuxième cloche a un diamètre de 71.5 cm, tonalité Ré bémol. Fondue par un petit-fils de Bonifaz Walpen, fondeur de la première cloche, elle comporte un décor très sobre, avec le texte français suivant, en capitales romaines: ST-MAURICE ET S. GOTHARD NOS PATRONS PRIEZ POUR NOUS - JE LOUE DIEU, J'APPELLE LES VIVANTS, JE PLEURE LES MORTS, JE DETOURNE LES TEMPETES - "PARRAIN JEAN-BAPTISTE GRAND EX CONSEILLER, MARRAINE SERAPHINE GRAND NEE CONSTANTIN, JEAN-MICHEL GAUYE CURE, JACQUES BITZ PRESIDENT - VICTOR WALPEN FONDEUR RECKINGEN 1902 - PAROISSE DE NAX.
Comme, il ressort de papiers d'archives, cette cloche a remplacé une ancienne, probablement fêlée, puisqu'il avait d'abord été question, en 1901, de la faire réparer. Puis, en juin 1902, elle prend le chemin de Reckingen pour être refondue.
Pour le prix de Fr. 445.-, Victor Walpen en fait une neuve un peu plus lourde. Le 28 octobre 1902, la nouvelle cloche est en gare de Sion. Son transport de Brigue à Sion a coûté Fr. 2.70. On ignore par contre ce qu'elle coûta en sueurs aux transporteurs qui la prirent en charge à Sion pour l'amener à Nax. Il est vraisemblable que, de Sion à Bramois, on l'aura transportée sur un char, puis de Bramois à Nax sur un traîneau, par l'ancien sentier que nous avons encore tous connu. Si l'on sait qu'elle pèse 239 kg, on peut s'imaginer qu'avec les moyens de l'époque, la montée à Nax n'a pas dû être très aisée.

La plus ancienne cloche de Nax a un diamètre de 79.5 cm, tonalité Do. Elle est, avec sa grande sœur, la plus richement décorée de frises et de médaillons. Elle porte aussi, au bas d'une longue inscription latine, la marque du fondeur et son nom: IACQUES DUCRAY. L'inscription, dans la partie supérieure, nous révèle que la cloche a été fondue aux frais de la commune de Nax et que l'ont fait faire les procureurs de Nax, Jean Torrent, notaire et métral du vénérable Chapitre de Sion et Jacques Pernet.
Plus bas, on peut encore lire qu'elle a été fondue en 1748 sur le conseil d'Antoine Bruttin, notaire et Jean Bruttin, les deux majors, Maurice Bruttin, notaire, Antoine Udrisard, juré et Jean Bruttin, ainsi que de toute la commune.
Voici ce texte avec les abréviations résolues entre parenthèses: EXPENSIS COMMUNITATIS DE NAX- F[ieri] F[ecerunt] DIS [creti] IOAN [nes] TORRENT NOT [arius] & MIST [ralis] V[enerabilis] C[apituli] S[edunensis] &JAC[obus] PERNET PROCURATORES COMMUNITATIS - DE CONSILIO PRUD[entium] ANT[onii] BRUTTIN NOT[arii] ET JOAN[nis] BRUTTIN MAIORUM MAURITII BRUTTIN NOT[arii] ANT[onii] UDRISARD JUR[ati] & IOAN[nis] BRUTTIN NECNON TOTIUS COMMUNITATIS A[nno] 1748.

La dernière cloche a un diamètre de 87.5 cm, tonalité La. Refondue en 1777 par L. Léonnard, elle est la plus grande et la mieux décorée, celle enfin qui présente la plus longue inscription latine en capitales romaines. Les abréviations sont ici également résolues entre parenthèses:
AD HONOREM DEI ET B[eatae] V[irginis] MARIAE-S[anc]TI MAURITI ET GOTARDE ORATE PRO NOBIS- HANC CAMPANAM REFUNDERE FECERUNT R[everendus] D[ominus] IA[cobus] MORET C[uratus] IN NAX P[robus] IA[cobus] M[auritius] BRUTIN MAIOR ET M[istralis] V(enerabiiis] C[apituli] S[edunensis] I0[annes] IA[cobus] UDRISARD PROCURATORES P[robus] IA[cobus] UDRISARD MAIOR ET Q[uondam?] P[rudens] DIS[cretus] M[auritius] BORRAD NOT[arius] IA[cobus] BIZ IUR[atus] AG[en]TES NO[min]E L[audabilis] COM[munit]ATIS DE NAX PRO DUOBUS TERTIIS - IO[annes] BIZ CAP[ita]NEUS ET MAIOR ANT[onius] BERTO [Mauritius] PANATIER PROCU[rator]ES L[audabilis] COM[munit]ATIS VERNAMISIAE PRO TERTIA PARTE - L. LEON NAR D 1777.
Grâce à cette belle épigraphe, on sait que la refonte de cette cloche a été payéee pour les 2/3 par la commune de Nax, représentée par son curé Moret et des notables ayant pour patronymes Bruttin, Udrisard, Borrad et Bitz, tandis que l'autre 1/3 a été l'affaire de ceux de Vernamiège représentés par un Bitz, un Berthod et un Pannatier.

Selon la coutume, ces cloches, à l'exception de celle de 1902, ont été sans doute fabriquées sur place. De telles tâches étaient jadis confiées à des fondeurs ambulants, appelés saintiers, qui se rendaient de ville en village avec leur matériel et leur outillage. A proximité ou à l'intérieur de l'église, ils construisaient un four et creusaient la fosse dans laquelle était préparé le moule d'argile et de paille.
Ils récoltaient ce que les habitants du lieu avaient d'avance mis de côté: vieux ustensiles en cuivre, en étain ou même en plomb. Parfois, on réutilisait aussi d'anciennes cloches fêlées. A l'instar de la cloche de 1902, celle de 1777, qui s'annonce comme le résultat d'une refonte, pourrait bien contenir le bronze d'une sœur aînée.
En tout cas, le témoignage de l'existence de cloches antérieures à celles qui nous sont parvenues se trouve dans quelques documents des archives communales. En premier, un acte de 1498 nous apprend que pour traiter des affaires communales, les hommes du village ont été réunis au son de la cloche: c'était la coutume en Valais! Puis une ordonnance de 1616 de l'évêque de Sion, Hildebrand Jost, nous enseigne qu'en cas de peste, les morts de Vernamiège pourront être enterrés au cimetière de Nax à partir de 7 heures le soir seulement et sans sonnerie de cloches. Rappelons qu'à cette époque Nax et Vernamiège formaient une seule paroisse. Enfin, un troisième acte, de 1659, fixe la dîme due à l'église de Nax par la commune, dont notamment le chanvre pour les cordes des cloches.

Ces simples passages nous permettent de mieux saisir l'importance que revêtait jadis la cloche dans la vie quotidienne des Naxards. Aussi la naissance d'une nouvelle cloche devait-elle donner lieu à de grandes réjouissances! Le plus vibrant témoignage pourrait être le soin que l'on vouait au décor de la nouvelle cloche et particulièrement aux inscriptions qui devaient perpétuer le souvenir de la fonte.
Disons encore brièvement, au sujet des fondeurs, que Jacques Ducray, l'auteur de la cloche de 1748, était un Lorrain. En revanche, L. Léonnard qui signe celle de 1777, pourrait être franc-comtois. Quant à la dynastie des Walpen, fondeurs de cloches à Reckingen, elle est bien connue pour et par son activité dans tout le Valais, dès le XVIlle siècle. L'entreprise familiale a cessé toute activité en 1908.

L'horloge

Dans l'enceinte de l'Eglise nous avons la surprise de découvrir un mouvement d'horloge daté de 1724 et portant l'inscription: PROPRIA CHOMUNITA DI NA FECIT FARE. En pleine ère de l'électronique, tous les mouvements mécaniques ont déjà pris de la valeur. Celui de Nax en est un bel exemple, digne de figurer dans un musée.

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