Essai d'Histoire de la vallée d'hérens

Abbé A. Gaspoz - curé de Vernamiège, Abbé J.-E. Tamini - Aumônier de l'Hôpital de Sion

Féodalité

Pour l'intelligence de notre histoire, donnons quelques notions sur la féodalité, ensemble de lois et de coutumes qui régirent l'ordre social et politique, depuis la moitié du IXe siècle, persistant en Valais, en partie jusqu'en 1798.

Féodalité vient de fief, mot d'origine germanique, signifiant terre donnée à titre de salaire, par un chef à ses soldats.

A cause de l'insécurité causée par l'invasion des Lombards, des Huns et des Sarrasins, par les guerres presque continuelles que les seigneurs se faisaient entre eux aux IXe et Xe siècles, les pauvres et les faibles durent se grouper autour des forts pour en obtenir protection. De ce fait, ils perdirent leur liberté. A leur tour, les riches s'attachèrent à de plus puissants qu'eux, auxquels ils prêtaient l'hommage-lige ou serment de fidélité.

Cette échelle de protecteurs et de protégés liait la société depuis le monarque appelé suzerain, jusqu'au plus humbles serfs. Voici là la féodalité.

L'administration se trouvait entre les mains d'un petit nombre de familles qui, seules propriétaires des fiefs, avaient une importance politique.

Composent donc la hiérarchie féodale :

1) les rois, suzerains des grands vassaux, avec des vastes domaines.
2) Les grands vassaux laïcs(ducs, comptes)et ecclésiastiques (évêques, abbés)
3) Les arrière-vassaux, ou vassaux des vassaux
4) Les hommes libres des villes
5) Enfin les colons ou serfs attachés à la terre.

Quand un fief se donnait ou changeait de maître, le suzerain remettait l'investiture du fief par la tradition d'un objet symbolique, une motte de terre, et le vassal devait prêter, à genoux, hommage de fidélité à son protecteur.

Qui recevait en fief une terre à cultiver contre redevance, devait payer un droit d'entrée (introge), le plaît en cas d'héritage, le lod (en cas d'échange ou d'achat (droit actuel de mutation); de plus, le service annuel (redevance en argent, en nature ou en corvées), la taille, fixe pour les uns; à la miséricorde (à la merci) du seigneur, pour d'autres.

La dîme consistait dans le 1/10 de la récolte réservée, à l'origine, à l'entretien des églises et du culte. Depuis le Xe siècle, beaucoup de dîmes tombèrent entre les mains des seigneurs laïcs, par donation ou usurpation.

Généralement, les seigneurs vassaux devaient aussi le plaît avec l'hommage à leur supérieur, mais ils pouvaient administrer librement leurs fiefs et exercer sur leurs hommes la basse, souvent aussi la haute justice.

On appelait alleu ou franc-alleu, le fief relevant directement du souverain, et plain-fief, celui qui n'était pas grevé d'une redevance annuelle. Plaid signifie l'assemblée des feudataires présidée par le seigneur.

En 999, Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne, donna à perpétuité le comté du Valais à l'évêché de Sion. Nos évêques s'intituleront, dans la suite jusqu'en 1798, comptes et préfets du Valais.

En résumé, le Valais conquis par les Romains passa :
- de 443 à 534, sous les rois burgondes (1re dynastie)
- de 534 à 888, sous les Francs
- de 888 à 1032, sous les rois de Bourgogne (2ème dynastie)
- de 1032 à 1648, sous les empereurs germaniques, dont relevaient les comptes de Savoie, maîtres du Vieux Chablais, de Martigny au lac; et les évêques de Sion, seigneurs du Valais, de Martigny à la Furka
- de 1648 à 1798, notre pays forma la république indépendante des sept dizains
- de 1798 à 1802, un canton de la république helvétique, tyrannisé par le général français Tureau
- de 1802 à 1810, une république indépendante
- de 1810 à 1814, il se trouva incorporé à l'empire français sous le nom de département du Simplon
- Enfin, en 1815, il devint le 20ème canton de la Confédération Suisse.

Après ces données générales, abordons l'histoire détaillés de notre vallée d'Hérens.

Pour ce site, je me contenterai de n'aborder que ce qui concerne Nax et Vernamiège, soit la section 1 de ce livre.:

Table des matières

Chapitre I. La majorie de Vernamiège - Nax
1.1. Son étendue, son histoire
1.2. La Métralie du chapitre
1.3. Les Majors
1.4. Servitudes féodales
1.5. Local de la cour de justice
1.6. Majors électifs
Chapitre II. Le militaire dans le dizain
Chapitre III. Exercice de la Justice
3.1. Exercice de la justice avant 1798
3.2. Exercice de la justice après 1798
3.3. Autorités judiciaires du district ou dizain
Chapitre IV. Aperçu général sur les communes
Appendice 1 - Liquidation du passé
Appendice 2 - Les écoles primaires
Appendice 3 - Organisation administrative après 1798
Appendice 4 - Le district d'Hérens
Chapitre V. La commune de Nax
Alpage
Etranger
Four à chaux
La confrérie du Saint-Esprit
Le rachat des fiefs
L'Incendie de 1838
Chapitre VI. La commune de Vernamiège
Acquisitions
Le rachat des fiefs
La confrérie du Saint-Esprit
Local des asasemblées
Notaires de Vernamiège
Notaires de Nax
Les familles de Vernamiège
Les familles de Nax
Chapitre VII. La Paroisse de Nax
Evolution des prix et salaires

La majorie de Vernamiège - Nax

1.1.Son étendue, son histoire

Carte de 1849

Carte 1849

D'après les actes de reconnaissance des années 1339, 1538, 1588, cette majorie s'étendait depuis la Borgne au sommet des monts, avoisinant au midi, le mont de Mage et le Scex du Miroir; au levant, l'alpage du Haut-Champ (Larduzan), de la juridiction des seigneurs de Granges, et, au nord, la châtellenie de Granges et Loye (Grône). En d'autres termes, cette majorie comprenait le territoire actuel des communes de Vernamiège et de Nax, moins l'alpe du Haut-Champ, rattaché à la commune de Nax au siècle dernier seulement.

Un acte de 1034 la mentionne pour la première fois, sans nous dire de qui elle relevait. Nous savons cependant qu'à cette époque, Humbert I aux Blanches Mains, souche de la Maison de Maurienne-Savoie, succédait aux rois de Bourgogne comme abbé-commendataire du monastère d'Agaune, dont le fils Aymon était prévôt et évêque de Sion en 1034.

Humbert
D'autre part, Humbert Ier épousant une fille des comtes de Granges, les possessions de cette famille noble passèrent en partie entre ses mains.
En 1052, Mgr. Aymon, fils du compte Humbert, apparaît comme seigneur d'Ayent et du mont de Suen (Hérens), anciennes propriétés de l'abbaye. On peut conclure de là que la majorie de Vernamiège-Nax aura aussi relevé de la Maison de Savoie. Quoi qu'il en soit, nous savons que notre majorie appartenait à l'Évêché au XIIIè siècle, sinon plus tôt.
L'acte de 1339 attribue eu Major de Vernamiège la haute et basse justice dans toute la paroisse de Nax, sur les hommes feudataires de l'Évêque de Sion, car le chapitre, le vidomne de Sion (vassal du prélat) les de la Tour, les de Conthey et les seigneurs d'Anniviers y avaient aussi leurs feudataires avec juridiction sur eux.

En 1339 également, le major Jean le Jeune reconnaît tenir de l'Évêque :
1. La métralie du lieu
2. la moitié de la dîme de Vernamiège attachée à la majorie
3. l'alpe de l'Arpettaz, situé sur le mont de Mage et confinée, au midi, par l'alpe de Loveignoz; au nord par le Scex du Miroir et les terres de Vernamiège; en bas par le pré Ursin, c'est-à-dire par les mayens de Mage

Actuellement, cet alpage se divise en deux : l'Arpettaz, au sud et la Luéry, au nord. Ce partage se fit au XVè siècle. Pourtant, jusqu'en 1715, les sommets se pâturaient en commun.

Comme redevance, le major payait à la mense épiscopale 2 sols de service annuel et 4 sols de plaît pour la majorie et la métralie, 40 fischelins de seigle pour la dîme de Vernamiège, enfin 3 sols avec le plaît pour l'Arpettaz.

L'acte de 1588 remarque : "Sur l'alpe de l'Arpettaz, personne n'exercera la justice, excepté l'évêque et son major".
Par contre, le major et les consorts doivent répondre pour les tailles, services et autres usages; servir aussi le plaît au changement du seigneur et du tenant . Il en va de même pour la majorie et la métralie.

L'Arpettaz, à la fin du XIè siècle appartenait au vénérable châpitre de Sion.
Comment et quand passa-t-elle à l'évêque, difficile de le dire. Boniface de Challant vendit au chanoine Nicolas de Bagnes, en 1292, tous les droits de la mense épiscopale à Nax-Vernamiège, se réservant la haute justice, et les majors successifs prêtèrent invariablement hommage au prélat pour la majorie et la métralie jusqu'en 1798.
Vernamiège fournit le major et resta le siège de son tribunal jusqu'en 1633. Un acte de 1397 nous représente le major de Vernamiège, comme le bon roi de France S. Louis, tenant ses assises en plain air, sous la loya (galerie) de Clément.

Nous ne connaissons pas exactement l'étendue des biens fonciers de la mense épiscopale à Vernamiège et Nax, au début du XIIIè siècle. Pourtant nous savons qu'en 1292, ils rapportaient annuellement 20 livres mauriçoises, sans compter les fréveries (amendes pour actes de violence), les bans (amendes) et les échutes, outre les 40 fischelins de seigle dus pour la moitié de la dîme de Vernamiège et les services de l'office et l'alpe de l'Arpettaz.
L'autre moitié des dîmes appartenait à divers propriétaires, un quart au major de Vernamiège. En 1235, l'un deux, Jean l'aîné, vendit sa part au chanoine Anselme Vassal, dîme inféodée à Jean, époux de Philippine, rapportant annuellement 5 fischelins de seigle, 3 fischelins d'orge et 1 de fèves. Selon un acte de 1338, Jean et Guillaume Berthod de Vernamiège tenaient en plain fief du seigneur d'Anniviers le quart de la dîme de Vernamiège, fief qu'ils vendent au vénérable châpitre. Le revenu annuel en était de 5 sols, le plaît de 10 sols. De plus ils cèdent au châpitre un pré de 2 seyteurs, avec la maison attenante située en villa de Vernamiège.

Le vénérable châpitre de Sion possédait, déjà au XIè siècle, à Nax, un champ et le bénéfice paroissial; à Vernamiège, un champ et deux serfs; vers 1180, à Nax également, un champ donné par le major de Sierre, une part de la dîme et trois jardins légués par Durand d'Anniviers, plus un revenu de 4 fischelins de fèves.

En 1301, Jacques, seigneur d'Anniviers, détenait à Nax un fief inféodé à son parent Louis d'Anniviers.

Par un échange de 1239, nous apprenons que la terre de Bornué, vallon de prés et champs situé entre la villa de Vernamiège et les terres de Nax, inféodée à une famille dite de Bornué ou de la vilette de Bornué, devait une rente annuelle de 4 fischelins de seigle à l'église de Saint Théodule de Sion, et 5 fischelins au chanoine Anselme, c'est-à-dire la prébende canoniale de Nax, dont le dit chanoine se trouvait bénéficiaire. La terre de Bornué apparaît donc un fief du chapitre.
En 1261, le major de Vernamiège Guillaume cède à Anselme, dit Clerc de Mage, son champ avec la grange à blé attenante, sous la villa de Vernamiège. L'acte spécifie que ce fief relevait du vidomne de Sion.
Pierre de la Tour et son neveu Guillaume vendent en 1244, à l'évêque de Sion, tout ce qu'ils possèdent à Nax et Vernamiège, excepté le fief de Rarogne, avec tous droits et hommages.

Selon l'usage, un fief noble comportait la juridiction sur ses tenanciers. Le cas se vérifiait pour le vénérable chapitre et le vidomne de Sion, propriétaires de fiefs nobles à Nax et Vernamiège. Chacun d'eux y avait son métral chargé de recouvrer les redevances et d'exercer la justice sur leurs gens.
Le métral, à son entrée en charge, devait faire l'aveu à son seigneur, en qualité d'avantier pour lui et les consorts du fief.
Sans enfant de son épouse Marguerite Tavelli, le vidomne de Sion, Nicolas de Chevron-Vilette, en 1544, vendit à l'évêque tous ses droits à Vernamiège, avec la métralie. Dès lors, les tenanciers de ce fief vidomnal, ou leurs représentants, en firent l'aveu à l'évêque.
Ce fief consistait en 5 fauchées de pré, plus un arpent et demi de champ converti en prairie, avec grange et édifices situés vers le torrent du Faran, en dessous du chemin de Mage, confinant à la place communale où se trouvaient une scie et un raccard.
Simon de Nochia (ou Nochy), fils de Jean, notaire de Miège, et de Jeanne, fille d'Antoine de Torrenté, notaire de Vernamiège, apparaît le dernier métral du vidomne de Sion, mais ses descendants continuèrent à jouir du fief et à en faire l'aveu à l'évêque , comme avantiers, jusqu'au XVIIè siècle. De nos jours, une partie de cette propriété porte encore le nom de pré de Notchy.
Enfin, en 1217, Rodolphe vidomne de Conthey, du consentement d'Amphélise son épouse, vendit au vénérable chapitre ce qu'il possédait au mont de Nax.
De ce fait, l'on peut se rendre compte du nombre des seigneurs dans la majorie de Vernamiège-Nax. Ces divers fiefs, par vente ou donation, passèrent peu à peu à la mende épiscopale et au vénérable châpitre de Sion.

Allèrent également à la cathédrale, vers 1295, les biens de la mense épiscopale à Nax, achetés en 1292 par le chanoine Nicolas, pour le prix de 200 livres, biens rapportant 20 livres mauriçoises.
L'an 1337, l'évêque Aymon III de la Tour et, l'année suivante, son successeur Philippe I de Chamberlhac, défendirent au major de Vernamiège Jean l'Ancien de recouvrer, à l'avenir, les redevances des hommes de l'évêché à Nax et Vernamiège, redevances dues au chapitre en vertu de la vente de 1292. Depuis plusieurs années, cet officier gardait ces revenus pour lui. Pierre Willien, de Nax, fera à l'avenir cette recouvre de 20 livres pour le chapitre.
Il semble bien que cette mesure énergique ne resta pas sans effet, puisqu'en 1339, le fils du peu délicat major, Jean le Jeune, se trouvait investi de la majorie et de la métralie.

En 1342, le chapitre concède, temporairement, à l'évêque le cens de 20 livres qui lui reviennent à Nax-Vernamiège, à la condition que le prélat lui paye les arriérés de 14 livres, dus par Jean l'Ancien. Néanmoins, l'évêque préféra dédommager autrement son chapitre. Il saisit au major coupable des immeubles qu'il remit ensuite au chapitre, avec droit d'en disposer à son gré, jusqu'à complet payement. Voici les immeubles confisqués :
1. un champ d'un arpent
2. la maison d'habitation avec le grenier sis en villa de Vernamiège. Le major n'aurait-il pas du s'exécuter plutôt que de voir sa maison vendue ?

Les gens de Nax et surtout de Vernamiège ne virent pas de bon oeil, semble-t-il, la cession faite par l'évêque Boniface à son chapitre. En 1353, les chanoines jugèrent nécessaire de réclamer l'hommage de nos gens. S'exécutèrent : Jean major, P. Gallat, G. Eleyno, Ph. Guey, J. Nenda, G. Pelerini, Jean de Torrenté, Jean Bertha, Martin Ruvina, P. Jordan, J. Mugner, Chrétien de Muna, Jean Mosthelyer, Thomas de Clivo, de Bornué Ph. et P. Lochy, J. Maseyr, Berthet Mugner, Et. Thome, J. Rubin, Guillaume de l'Eglise, Mathieu Albi, G. Werral, Berthet Willenci, Adam Chevaleyr, J. Willenci, Henri Rubin et P. Rubin.
Guillaume Mignat, vicaire à Nax, signe en qualité de témoin. Malgré cette reconnaissance, le chapitre rentrait avec peine le cens annuel de 20 livres. L'évêque Edouard de Savoie, en 1381, céda alors aux chanoines les droits réservés par Boniface de Challant lors de la vente de 1292. Mais le corps cathédral semble avoir refusé cette donation, au grand plaisir des gens de Vernamiège et Nax, qui, pour le remercier de les avoir rachetés, offrirent au prélat, en 1382, un cadeau de 100 florins.
Les habitants de Vernamiège ne témoignèrent pas la même bienveillance à Humbert de Billens que le compte de Savoie avait fait placer sur le siège épiscopal après la démission de Guillaume de la Beaume (1386). Ne le reconnurent ni le Haut-Valais, ni le Pape qui nomma Henri de Blanches de Villette. Celui-ci, ne se sentant agréé ni par le Haut, ni par le Bas-Valais, résigna l'évêché en 1391 en faveur de Guillaume IV de Rarogne, confirmé en 1392 par le Pape Boniface IX, installé seulement le 11 avril 1393. Vernamiège, adversaire déclaré d'Humbert de Billens, avait commis des meurtres et des incendies sur ses partisans, méfaits que ce prélat voulut bien leur pardonner en 1392.

2. La Métralie du chapitre

Pour recouvrer les redevances des fiefs qu'il possédait dans la paroisse de Nax et exercer la basse justice sur ses feudataires, le châpitre avait un métral à Nax. Cette métralie, comme celle de l'évêque, se trouvait inféodée à une famille de la localité à titre héréditaire. Ainsi, en 1300, apparaissent à Nax les Métral, nom tiré de l'office exercé de père en fils. L'un d'eux, Jean, en 1345, se reconnaît coupable de nombreuses fautes et renonce à sa charge.
Une charte de 1448 désigne le chanoine Jean Morand comme curé et vidomne du chapitre de Nax. Bien que le titre vidomnal donné au curé de Nax ne figure qu'une fois dans les actes, j'en tire cette conclusion : La Paroisse de Nax, sous le patronage du chapitre dès le début , eut un chanoine pour curé, jusqu'après le concile de Trente. Celui-ci ne résidait pas, mais "amodiait" la cure à un prêtre. Quant au chanoine-curé, il aura représenté le chapitre à Nax. Vidomne signifie, en effet, vice-seigneur.

3. Les Majors

Quand un nouveau major entrait en fonction, il s'engageait par acte notarié, à faire l'aveu du fief et à verser fidèlement à son seigneur les redevances, tailles et autres usages. La cérémonie de l'investiture se passait solennellement. Au jour fixé, un dimanche ou une fête chômée, l'évêque envoyait à Nax un ou deux délégués. A la sortie des offices, le nouveau major, portant le glaive, insigne de son pouvoir d'officier de justice, était, sur le cimetière, présenté au peuple, assemblé, pour lui jurer fidélité, aide et conseil, les mains vers le ciel.

Le premier major connu de Nax-Vernamiège, s'appelait Isembert, établi dans la première localité. En 1034, lors de la consécration de l'église paroissiale, il s'engagea, pour lui et ses descendants, à verser annuellement au curé de Nax 8 fischelins de seigle, cinq autres familles de l'endroit, Les Torrent, Engeldran, Méléar, Costable et Ronoveir, promettent 4 fischelins; les moins fortunés, 2 fischelins.

Après Isembert, le nom des majors nous échappe avant 1203. Jusqu'en 1517, ils se succèdent de père en fils dans la famille des Mayours de Vernamiège, connus par leurs prénoms seulement. Le premier d'entre eux s'appelle Guillaume, le second , Jean, témoin en faveur du curé de Nax en 1227.
En 1261 figure Guillaume, fils de Jean, époux de Guillaumette; en 1256 Guia, majoresse, probablement sa mère veuve. Guillaume portait, en 1285, le surnom d'Albi. Jean dit l'Ancien, nous est déjà connu pour son indélicatesse; il perdit, en 1338 la métralie attachée à la majorie. L'année suivante, son fils, Jean le Jeune, lui succède, unissant de nouveau les deux offices. En 1360 apparaît Pierre Mayour; en 1371, de nouveau un Jean; de même , en 1388 et 1403. En 1433, nous trouvons Perette majoresse, épouse d'Antoine Nicollet dit Jacco; de 1440 à 1463, le major se nomme Pierre. Ce dernier, en 1448, devint aussi major de Vex, pour sa vie durant, sur la recommandation de l'évêque. A cet effet, il prêta hommage au chapitre, propriétaire de la majorie de Vex, entre les mains du doyen de Valère Anselme de Faussonays. Il confessa tenir en fief la maison du major, le four de Vex, le moulin et les rivages de la Borgne, de Combioulaz à Longeborgne, ainsi que les prés de Pralong, depuis le torrent du Scex Frais au rocher de Chippis; l'Alpe de Novelli jusqu'à la Borgne; de plus les communaux et forêts, l'alpe de Miribel, depuis le mayen Borcard jusqu'au rocher de la Rognause, avec tous les émoluments de dite alpe; enfin 4 fischelins de froment que le major et ses consorts perçoivent des hommes de Vex. En retour, il doit au vidomne de Vex 14 sols de plaît pour la réception, 16 sols au plaid d'octobre, assemblée présidée par le vidomne; 7 sols annuels au chapitre pour les pâturages convertis en prés, 2 sols et 6 deniers pour les prés de Pralong, et 30 sols de plaisance.

C'est probablement à cause de l'accession de notre major Pierre à la majorie de Vex, que désormais, celle de Vernamiège passa à d'autres parents, en premier lieu à Jacques Andrenod, en 1475.
Théodule Boson, notaire, fils de Jacques, notaire de Mage, et de Jeanne Bertheys, de Vernamiège, frère de Benoît Boson, chanoine de Sion (1501), doyen de Valère (1541) et curé de Nax (1536-1559), apparaît comme major de Vernamiège, depuis 1517, avec le chanoine son frère.
Ainsi que ses prédécesseurs, il confesse, pour lui et son frère le chanoine, tenir de l'évêque, en fief d'hommage-lige, les biens possédés jadis par les Mayours :
1. La majorie de Vernamiège-Nax, avec la métralie et autres droits , comme la haute et basse juridiction dans la paroisse de Nax sur les feudataires de la mense épiscopale.
2. La moitié de la dîme de Vernamiège
3. l'alpe de l'Arpettaz située sur le mont de Mage

Les redevances restent les mêmes, à savoir : 40 fischelins de seigle pour la dîme, 2 sols de service et 4 de plaît pour l'office, et 3 sols de service avec le plaît pour l'Arpettaz.

Quand à l'alpe, son domaine utile était inféodé à un consortage, comme de nos jours, à la seule différence que, depuis le rachat des fiefs, les consorts devenus propriétaires absolus, acquittent les impôts communal, cantonal et fédéral, au lieu de la redevance de 3 sols à l'évêque.
Les droits d'alpage se divisaient alors en huitans (8ème partie), seizans (16ème partie), et en cuillerées; un seizan valait 24 cuillerées.
A Théodule Boson succède son fils Jean. Celui-ci, en 1554, vend à son parent Jean Grand de Mya, à Vernamiège, le demi-tiers de la majorie, vente approuvée par Mgr Jean Jordan. L'autre demi-tiers, tombé en commise faute d'aveu, l'évêque le cède à Jean Grand avec la métralie. Par cette cession, Jean Grand reçoit l'investiture des deux offices.

Mgr Jordan inféode, de plus, à Jean Grand, la métralie que possédait, avant 1544, le vidomne de Sion, Nicolas de Chevron.
En prêtant hommage, notre major s'engage à rendre compte au prélat pour les bancs dépassant 60 sols; ceux-ci ne seront pas imposés sans autorisation de l'évêque ou de son fiscal. Quand aux 14 livres de service et autres usages provenant des biens rachetés au vidomne de Sion, le major le recouvrera sans salaire.
La métralie fut accordée à Jean Grand à perpétuité, sans hommage-lie, mais avec défense de la vendre sans l'office ou une part de l'office de la majorie. Pour cette inféodation il dut payer 42 écus d'or de 50 gros.

Cousin germain de Jean Boson, par sa mère Pernelle Boson, Jean grand acquit, dans la suite, les deux autres tiers de la majorie. En 1588, son fils Maurice Grand reconnaît à Mgr Hildebrand de Riedmatten la majorie et la métralie. Plus question de la famille Boson. Lui succède Jean Grand , en 1609; Jacques Grand, notaire, fils de Maurice, en 1631.
En 1633, ce dernier, avec l'approbation de Mgr Hildebrand Jost, vendit son office à Maurice Udrisard, de Nax, banneret des quatre villas de Nax, Mage, Vernamiège et Bramois, pour le prix de 1000 livres, plus 30 livres au fils du vendeur, Maurice Grand. L'acquéreur paya, en outre, 150 livres au prélat pour le lod et 4 écus de bonne main à la famille.
Maurice Udrisard apparaît le dernier major, dont l'office se transmit par hérédité ou acquisition. Après lui, la majorie passa aux communes de Nax et Vernamiège.
L'esprit d'émancipation poussa nos deux communes à racheter cet office en 1652. Le major Udrisard vendit donc aux communes de Nax et de Vernamiège la majorie et la métralie, avec tous droits y attachés, pour le prix de 1200 livres et 3 doublons d'Espagne. Figura comme témoin Jacques Kalbermatten, chevalier de la milice dorée, châtelain et capitaine de Sion, ex-gouverneur de Monthey, bourgeois de Vernamiège.
Cette vente devait recevoir l'approbation de l'Évêque sous peine de nullité. Mgr Adrien IV de Riedmatten l'accorda aux conditions suivantes :
1. On observera les clauses des actes de reconnaissance
2. chaque deux ans, les communes éliront alternativement quatre candidats capables, à présenter à l'évêque qui choisira le major. L'élu prêtera serment de fidélité pour le fief et l'office, selon l'usage, et tiendra sa cour de justice dans sa commune de résidence.
3. à l'avènement d'un nouvel évêque, les communes feront la reconnaissance d'usage , sous peine de commise
4. elles ne se permettront aucune aliénation sans le consentement de l'évêque, sous peine de nullité et de commise
5. Vernamiège payera annuellement 40 fischelins de seigle pour la dîme du lieu
6. les deux communes fourniront chaque année 3 billes de mélèze de 5 1/2 toises de longueur, une autre de 2 1/2 toises et une traverse pour le pont du Rhône; en outre, tous les deux ans, 6 pièces de mélèze pour le même usage, bois à conduire jusqu'à Bramois

Désormais, la commune de Vernamiège livrant seule 40 fischelins annuels pour la dîme établira un ratement des propriétés, avec toisage de chaque parcelle. Les mutations obligeront à renouveler de temps en temps ce ratement. Pour comprendre la nécessité de tenir ce cadastre, il suffit de savoir qu'en 1720 l'on comptait 199 contribuables de Vernamiège, Nax, Mage et Sion, tenus à la dîme de la mense épiscopale.
A l'effet d'assurer la recouvre de la dîme, Vernamiège, en 1652, défendit de sortir du grain de la commune avant le payement de cette redevance.
La mense épiscopale possédait, rière Vernamiège, d'autres fiefs, des prés, des champs, provenant d'achats, surtout de 1544, avec le vidomne de Sion. Un avantier, nommé par l'évêque, devait en faire la reconnaissance par acte notarié et en recouvrer les redevances, pour lui et ses consorts.

4. Servitudes féodales

A signaler encore, dans notre majorie, trois autres servitudes féodales : le guet, la main mortable et la taille.
- Les gens de Nax, habitant un plateau qui s'avance en promontoire sur la plaine du Rhône, avec une vue très étendue sur la vallée, de Martigny à Loèche, se trouvaient astreints au service du guet. Chaque nuit, un homme de la localité devait, sur la colline du Pelleyvro, surveiller la plaine et les villages échelonnés sur la rive droite du fleuve, aviser aussitôt l'autorité, s'il constatait quelque chose d'insolite.
- Voici en quoi consistait le droit de main morte dans notre majorie. Si quelqu'un mourait sans descendant légitime, les meubles et ustensiles du défunt allaient à l'évêque.
En 1538, les autorités de Nax et Vernamiège obtinrent de Mgr Adrien I de Riedmatten le rachat de cette servitude, pour le prix de 180 livres et 1 écu d'or par famille. Nax paya aussitôt sa part 120 livres, et Vernamiège, en 1561, reçut quittance de 60 livres.
Mgr François Joseph Supersaxo, en 1719 accorda encore aux deux communes la faveur de pouvoir racheter les lods et les droits d'échute, moyennant 200 livres, les consorts des alpes de la Luéry et de l'Arpettaz exceptés.
- Vers 1291. la mense épiscopale possédait à Vernamiège certains hommes taillables, pour un montant de 60 sols, que Mgr Boniface hypothéqua pour contracter un emprunt.
Le fief du vidomne de Sion à Vernamiège comportait, au XIVè siècle, la condition de taillabilité à miséricorde, c'est-à-dire au gré du Seigneur. Plus de traces depuis le XVIè siècle.
Par contre, les tailles extraordinaires imposées à la généralité des communes s'assimilent à un impôt de guerre ou de crise.
En temps ordinaire, les revenus féodaux dévolus au prince-évêque couvraient les dépenses de l'administration publique, de l'entretien de la grand route et des ponts du Rhône, dépenses incombant au souverain. Survenait-il des guerres, des calamités publiques ou autres imprévus, il fallait emprunter ou recourir à l'imposition de tailles. Celle-ci se faisait alors par communauté ou par paroisse; chez nous, les deux communes s'entendaient pour la répartition.
En 1485, une contestation surgit entre Nax et Vernamiège. Le premier voulait partager les tailles par moitié; formant le tiers de la paroisse, le second trouvait plus équitable de se baser sur le nombre de feux ou sur le toisage des propriétés.
On finit par s'arranger. Les tailles se payeront par moitié; mais Nax céda à Vernamiège le droit d'imposer un certain nombre de terres de son territoire.

5. Local de la cour de justice

Jusqu'en 1633, les majors originaires de Vernamiège, y tenaient leur cour de justice. Néanmoins, Maurice Udrisard, après l'acquisition de la majorie en 1633, voulut, en qualité de major, siéger en son domicile, à Nax. Les gens de Vernamiège, lésés dans leur ancien privilège, demandèrent à l'évêque que le major ou son lieutenant, une fois par semaine, rendit la justice chez eux. Mgr Adrien III de Riedmatten intervint entre les parties. Le major pourra choisir le siège de sa cour à Nax ou a Vernamiège; mais il désignera, parmi les jurés de l'autre commune, un lieutenant qui y jugera les causes. Le for sera toujours celui de l'accusé.
Ce mode d'agir resta en vigueur jusqu'en 1798. Un vice-major, ou lieutenant du major, apparaît déjà en 1481, en la personne de Jean Bertha de Vernamiège.

6. Majors électifs (1652 - 1798)

De Nax De Vernamiège
1652-1657 Métral Maurice 1660-1662 Pannatier Maurice
1657-1659 Bruttin Maurice 1668 Grand Maurice
1684-1686 Théoduloz Jacques 1670 Jacquod Barthélémy, père
1706 Torrent Jacques 1686 Pannatier Jean
1719 Bruttin Germain 1710 Pannatier Pierre
1734 Bruttin Jean 1717 Jacquod Barthélémy, fils
1725 Udrisard Jean 1719 Pannatier Jacques
1715 Bruttin Antoine 1750 Bitz Jean
1786 Bruttin Michel 1780 Pannatier Jean-Joseph

 

Quelques uns fonctionnèrent à plusieurs reprises.
Dans les trois chapitres suivants, nous donnons un aperçu général sur le militaire, la justice et les communes, pour éviter des répétitions à chaque section de cette étude.

Chapitre II

2.Le militaire dans le dizain

Vers la fin du XVè siècle, les dizains ne possédaient guère d'armée régulière. Chaque homme capable, en vertu de l'hommage devait suivre son seigneur à la guerre. Depuis la conquête du Bas-Valais par les patriotes en 1475, le service militaire s'organisa par dizain. Il ne s'agissait pas encore de conscription, ordonnée en 1799; mais chaque dizain devait fournir des hommes élus par les communes selon leur population, pourvoir à leur armement , à leur subsistance et les payer, le premier jour de mobilisation.

Dans chaque bannière on comptait 300 hommes.
A l'effet d'exercer les citoyens au maniement des armes, la diète de 1550 imposa aux communes un tir annuel de trois jours. Il se fonda depuis, dans maintes communes des sociétés de cible.
A la tête de chaque bannière désénale, on trouve :
1. un grand banneret, qui porte la bannière du dizain et convoque les assemblées militaires
2.un capitaine général commandant la troupe
3.enfin le major ou instructeur pour présider aux manoeuvres et à la formation des cadres. Ces officiers, comme ceux des sous-bannières, étaient nommés à vie.

Au militaire, la grande bannière de Sion comprenait le territoire des districts d'Hérens et de Sion et se divisait, au début, en trois sous-bannières :
1. Sion avec Salins, Grimisuat et Vex, ainsi qu'Hérémence depuis 1513
2. les quatre villas de Bramois, Nax, Vernamiège et Mage, avec Hérens qui vers 1600, s'en sépara pour former à lui seul, une 4ème sous-bannière
3. Savièse, Arbaz et Ayent

Chacune de celles-ci choisissait son capitaine et banneret, participait, en outre, à l'élection du grand banneret et du grand capitaine de la grande bannière, dans la capitale.
Nos ancêtres tenaient à ces dignités militaires et déployaient un certain apparat lors des élections. Voici comment les choses se passaient dans la sous-bannière des quatre villas, selon une charte de 1786.
a) à la mort du capitaine, du banneret ou d'un lieutenant, les parents du défunt invitaient les officiers militaires de la sous-bannière à la sépulture et à l'office de septième.
b) L'officier survivant, capitaine ou banneret, convoquait chez lui, un dimanche suivant, un représentant des quatre villas, de préférence l'officier, où il y'en avait, pour fixer le jour de l'élection et désigner le candidat.
c) Supportaient les frais de cette séance préparatoire, la moitié l'élu, ou le quart s'il s'agit d'un lieutenant; la commune de l'élu, le reste, sans omettre, selon l'usage, de tirer le mortier, de jouer de la flûte et de battre le tambour. Au décès d'un lieutenant, semblable cérémonial.
d) La localité où se faisait la nomination, présentait quatre candidats, bons patriotes et domiciliés.
e) Au jour fixé pour le vote, les autres communes de la sous-bannière déléguaient sept hommes montés à cheval, avec tambours et flûtes. L'élu et sa commune supportaient par moitié les frais de réception.
f) A l'arrivée des délégués et pour le vote, un cortège se formait, au son du tambour et des flûtes, précédé du drapeau, s'il s'agissait d'élire un capitaine ou un banneret.
g) La remise du drapeau ou de l'esponton à l'élu avait lieu avec le même apparat militaire.
Evidemment, les délégués ne rentraient pas chez eux sans réception par la commune et les parents du défunt.
h) Enfin, le dimanche suivant, le capitaine ou banneret élu devait, à l'église, devant le peuple et les autorités, prêter serment de remplir consciencieusement ses fonctions et, dans le courant de l'année, donner à chaque commune de son ressort un repas consistant en deux setiers de vin et un pain d'un batz par bourgeois.
Nos ancêtres se montraient chatouilleux sur la question de préséance de leurs officiers. En 1744, la diète de mai eut à s'en occuper, pour trancher d'un différent concernant notre vallée.
Il s'agissait de savoir qui, dans le cortège des délégués se rendant de l'hôpital à la cathédrale, pour nommer le grand banneret , tiendrait la droite ou la gauche.
Sylve Stalder, de Vex, interrogé comme témoin, assura qu'au XVIè siècle, les gens d'Hérens n'avaient qu'un banneret, et les gens des quatre villas seulement un capitaine, puisqu'ils ne formaient qu'une sous-bannière. Depuis, à cause de leu mésintelligence, Hérens se sépara. Dès lors, Hérens et les quatre villas eurent chacun leur banneret et leur capitaine.
Cependant, le banneret d'Hérens tenait jusqu'alors la droite et celui des quatre villas, la gauche. Par contre, le capitaine d'Hérens suivait à gauche, celui des quatre villas à droite.
Se basant sur ces données, le vice baillif, Arnold de Kalbermatten, prononça : "Désormais, dans le cortège organisé de l'hôpital à la cathédrale, où se font les élections, le banneret des quatre villas prendra place à gauche du banneret d'Hérens, tandis que le capitaine d'Hérens marchera à gauche de celui des quatre villas.
Le banneret d'Hérens votera le premier, puis le banneret et le capitaine des quatre villas; enfin le capitaine d'Hérens.
En 1616, la diète ordonna à tous les jeunes gens accomplissant leur 14 ans, de s'éxercer au maniement des armes, afin d'être aptes en cas de besoin.
Le service militaire s'imposait généralement à tout homme de 18 à 60 ans, capable de porter les armes.
Chaque dizain devait tenir en réserve 6 quintaux de bonne poudre, 100 fischelins de blé ainsi que de l'argent suffisant pour la paye des soldats.
La seule commune d'Evolène comptait, en 1616, environ 300 hommes aptes au service militaire.
En mai 1799, un décret du gouvernement helvétique rendit obligatoire la conscription militaire de tous les hommes de 20 à 25 ans, mariés ou non, mesure qui devint ensuite générale.
Ceux que le service militaire effrayait, surtout en temps de troubles, engageaient un remplaçant à prix d'or, s'ils en avaient les moyens.
Plusieurs hommes de notre vallée, attirés par l'appât du gain, des honneurs ou simplement par esprit d'aventure, s'engagèrent dans les milices étrangères, en France, au Piémont, à Naples ou en Espagne, surtout au XVIIIè siècle et au début du XIXè siècle. Certes, tous ne revenaient pas au pays, fauchés sur les champs de bataille.
Selon le R. P. Furrer, depuis 1796, les 9/10 de ces soldats périrent en terre étrangère.
Quelques uns reparurent avec des galons justement mérités et le gousset bien garni. Tel ce fils du châtelain Comba, d'Evolène, qui arriva pour sauver son père de la faillite; ou ce Jean Salamolard, d'Evolène, qui en 1674, léguait à son frère une coupe d'argent et une table précieuse rapportées de France.

Chapitre III

3. Exercice de la justice

3.1. Exercice de la justice avant 1798

Les syndics ou procureurs, secondés par des gardes, s'occupaient, au moyen-âge, de la police rurale, imposaient des amendes et faisaient les saisies.
S'agissait-il de trancher une question de droit entre propriétaires de fiefs, de limitage ou de redevances, chacun relevait de la juridiction du seigneur. C'est ce qu'on appelait la justice féodale.
Une difficulté s'élevait-elle entre communes, au sujet des limites ou des pâturages, le différend allait devant le tribunal de l'évêque. Le prélat ou son official, même le baillif dès le XVIIè siècle, après enquête judiciaire, portait la sentence en qualité de juge suprême. Voilà pour la justice civile.
Les viances, ou délimitation périodique des chemins publics et des communaux, droit du seigneur, passèrent aux communes, par faveur.
A la justice pénale de punir les malfaiteurs, d'infliger des amendes ou des peines corporelles, voire la peine de mort. La compétence que les seigneurs accordaient, en cette matière, à leurs officiers de justice : majors, métraux, châtelains, variait d'une localité à l'autre.
A Nax et à Vernamiège, le major épiscopal pouvait infliger des amendes jusqu'à 60 sols; au delà il fallait le consentement du prélat ou de son official; il gardait pour son salaire les bans inférieurs à 60 sols. Par contre, l'évêque se réservait les fréveries, amendes pour actes de violence.
Le vidomne de Mage rendait seul la justice en première instance aux deux plaids annuels. Quand aux causes en appel, elles allaient aux supérieurs, ensuite au grand châtelain d'Hérens.
Il semble que le major épiscopal de Suen, en cette qualité, n'éxercait que la justice féodale sur les feudataires de l'évêque. De même, les majors de la Giéty et des seigneurs de Mont-Ville (Evolène), à regarder comme des métraux. Selon une charte de la fin du XIIIè siècle, seuls les métraux pouvaient imposer des amendes dans le Val d'Hérens. Le vice-châtelain d'Hérens, après 1475, partagea, avec le métral, la justice en première instance.
A Vex et à Hérémence, la justice se rendait par le major et le vidomne; par ce dernier en mai et octobre.
Quand aux instruments de supplice, nous n'en connaissons pas dans notre vallée, excepté à Hérémence, et au XVIIè siècle seulement, comme nous le dirons à la quatrième section.
Les criminels devaient, pour subir leur peine, être conduits au siège du seigneur haut justicier.
En 1428, Martin Berthodi, d'Hérens, accusé de sorcellerie, le châtelain épiscopal d'Hérens le fit arrêter et traduire à sa barre.
Coupable du même crime en 1317, Avète de la Verna fut saisie par Jacques de Grissins, sur ordre du baillif épiscopal, Jean de la Tour.
En 1555, le grand châtelain d'Hérens proposa aux communes de St.-Martin et d'Evolène d'ériger, à côté du local de la justice, un pilier avec le collier ou chaîne pour y attacher les malfaiteurs (instrument qu'on pouvait voir, encore en 1934, devant la maison communale d'Hérémence. La vue du châtiment infligé inspirerait une crainte salutaire. Mais les gens d'Hérens refusèrent ce cadeau d'un genre spécial, Qu'on continue comme par le passé, de conduire les criminels au château de la majorie.
Ajoutons que les officiers de justice, majors ou châtelains, étaient assistés de jurés pris dans la localité. A Hérens, le sautier des de la Tour, maintenu par l'évêque jusqu'en 1725, remplissait les fonctions d'huissier. Le curial rédigeait le jugement.
Ainsi jusqu'en 1798.

3.2. Exercice de la justice après 1798

Sous le nouveau régime imposé par la France, la justice, dans les communes, fut confiée à un châtelain, assisté de deux officiers , dont un greffier.
On trouve, de plus, de 1798 à 1802, dans notre dizain, un tribunal composé de neuf juges, un par paroisse, et, au-dessus, le tribunal suprême ou cantonal.
De 1802 à 1810 et de 1815 à 1848, le tribunal du dizain, jugeant en appel les causes du châtelain communal, se composait d'un grand châtelain, choisi par le conseil du dizain, d'un vice-grand châtelain et des assesseurs, un par commune.
Napoléon 1er, en 1810, s'empara du Valais, dont il dit le département du Simplon. Il nous imposa son organisation judiciaire et administrative, transformant les dizains en cantons. Chaque cinq ans, le canton devait désigner les candidats comme juges de paix et suppléants.
Ceux-ci furent, pour notre vallée, François Pitttelous, de Vex, avec Vicent Favre; Jean Vuarnier et Michel Sierro, en qualité de suppléants.
Après la chute de Napoléon et l'entrée du Valais dans la Confédération, en 1814, on revint, peu à peu, à l'organisation judiciaire de 1802, dans les communes, le dizain et le canton. On eut un tribunal suprême de 15 membres, dont le grand juge , le vice grand juge, et un membre par dizain; un tribunal de dizain avec grand châtelain, un vice grand châtelain et leurs assesseurs; enfin la justice communale.
En 1848, les châtelains et grands châtelains devinrent des juges et des grands juges, appelés, après 1874, juges-instructeurs.

3.3. Autorités judiciaires du district ou dizain.

3.3.1. Juges du dizain d'Hérémence (1798-1802)

Georges Genolet, Jean-François Michelet, Vincent Favre, Jean Vuarnier, Joseph Beytrison, Jean Quinodo, Vincent Sierro, Jean-Maurice Bruttin, Jean-Baptiste Mayor.

3.3.2. Grands châtelains du dizain d'Hérémence (1802-1810)

Antoine Theiler, grand châtelain - Joseph Beytrison, lieutenant du grand châtelain.

3.3.2.a. Assesseurs

Chrétien Berthod, châtelain de Vernamiège - Jean Vuarnier, de Mage, - Jean Dayer, notaire d'Hérémence - Vincent Favre, des Agettes - Jean Bruttin, châtelain de Nax - Jean Mayor, président de Saint-Martin - Antoine Follonier, d'Evolène.

3.3.3.a. Grands châtelains du dizain d'Hérens (1815-1848)

Bovier Charles de Vex (1815-1817) - Favre Vincent, des Agettes (1818-1823) - Solioz Jean-François (1824-1848)

3.3.3.b. Vice-grands châtelains (1815-1848)

Dubuis François (1815-1817) -Jacquier Jean (1818-1823) - Mayor Martin (1824-1828) - Vuignier Jean (1829-1830) - Dayer Matthieu (1830-1838) - Rossier Martin (1838-1840) - Sierro Joseph (1840-1842) - Beytrison Joseph, de St.-Martin (1842-1848).

TOUT PLEIN DE PERSONNES A VOIR COMMENT

CHAPITRE IV

4. Aperçu général sur les communes

Jusqu'au XIIIè siècle on ne connaît point, chez nous, de communauté civile disposant de quelques libertés, le gouvernement seigneurial dominant tout. Mais avec la fondation des paroisses rurales, l'institution des confréries charitables du St.-Esprit, la jouissance en commun des forêts, des pâturages, la constitution de consortages pour l'usage des alpages, tout fit naître l'esprit de communauté, sentir le besoin de s'associer.
D'autre part, l'évêque, obligé de s'appuyer sur ses sujets pour lutter contre les empiètements du compte de Savoie où l'arrogance des puissantes familles du Pays, les de la Tour et les de Rarogne, accorda, au XIIIè siècle, des franchises aux communautés. Les princes de Savoie l'imitèrent.
C'est ainsi qu'au XIIIè siècle, l'on vit apparaître, dans notre vallée, des syndics ou procureurs nommés par les communiers. A ceux-ci incombait la charge de diriger les manoeuvres, de régler l'usage des forêts et des communaux, de percevoir les amendes, de faire les payements de la généralité, de présider, avec le représentant du seigneur, les assemblées, de veiller à l'entretien des chemins et fontaines, etc.
Voilà une ébauche de la commune, qui se développera dans la suite par la confirmation des us et coutumes, par l'octroi des nouvelles franchises, et surtout par la conquête des droits civils et politiques.
Sentant croître leur importance par les franchises acquises, par l'augmentation de leur population, par une plus grande aisance, non moins que par le concours de leurs armes à la défense du pays, les communes aspirèrent de plus en plus à une liberté complète. Elles allèrent même, au XVIè et surtout au XVIIè siècles, jusqu'à contester au prince-évêque ses droits de souveraineté, droits conférés en 999 par le roi Rorolphe III et confirmés, à plusieurs reprises, par les empereurs germaniques, dont le Valais dépendait de 1034 à 1648. Depuis 1362, sinon depuis 1339, les communes siègent au conseil général du pays, avec voix consultative.
Le traité de paix entre l'évêque et le duc de Savoie, fixant définitivement, à la Morge de Conthey, la limite entre le Valais épiscopal et le Valais savoyard, en 1392, fut homologué par les délégués des communes.
A cet effet, le 14 mars 1400, les députés de Nax, Mage, Hérens et Vex se rendirent à Granges, avec ceux du dizain de Sierre. Voici les noms des délégués de notre vallée : Jean Clarmont, Martin Rubini et Jean, major de Vernamiège, pour Nax et Vernamiège; Martin Galat, Pierre Glacier et Antoine Marthefenoz, pour Mage; Jacques Marthiodi, major de Suen, et Pierre Maître, de Pralovin pour Hérens; Jean des Agettes, Guillaume du Châtelard, Jacques de Lalex et Pierre Neyret, pour Vex.
En 1416-1417, les communes demandèrent au duc de Savoie une entrevue à la Planta pour exposer leurs plaintes, réclamer réparation des dommages causés. Ils se plaignent entre autres, au prince que des hommes armés, après avoir ravagé Sion, pénétrèrent dans le val d'Hérens, brûlant les maisons, tuant les habitants, dérobant les animaux. Revenant sur Suen, Mage, cette bande armée incendia Vernamiège, Bornué, Nax et Loye.
Dans une convention passée en 1415, l'évêque Guillaume V de Rarogne dut céder aux commune l'élection, dans chaque dizain, de deux hommes probes en qualité de conseillers pour les affaires spirituelles et temporelles.
Nouvelle concession en 1425. Le chef du diocèse nommera ses officiers avec le consentement des communautés; de ses sentances, l'on pourra en appeler aux dizains.
Après la conquête du Bas-Valais sur la Savoie, en 1475, les communes verront leur autorité s'affermir. L'accord signé en 1490 avec Mgr. Jodoc de Silenen stipule, entre autres : les revenus, perçus jusqu'alors par le duc dans cette région, appartiendront désormais aux patriotes qui, avec l'évêque, éliront le gouvernement de St.-Maurice.
Représentaient notre dizain Antoine Wuistiner, vice-châtelain d'Hérens, et Choulet, d'Evolène.
Désormais, la diète se réunira régulièrement deux fois par an, en mai et en décembre, et chaque dizain y enverra ses députés. Notre vallée, qui faisait partie de celui de Sion, eut, pour sa part, quatre députés à la session de décembre 1499 : Jean Follonier et Jean Moret, d'Hérens; Maurice du Four, de Nax, et Claude de Repotin, de Vernamiège.
Les meneurs protestants, pour amoindrir l'influence de l'évêque, flattèrent les instincts démocratiques du peuple. Très influents en diète, ils contraignirent le chef du diocèse à renoncer définitivement à ses pouvoirs régaliens en 1634.
Un siècle et demi plus tard éclata en France la grande Révolution. Promettant d'apporter aux peuples opprimés la liberté, elle eut sa répercussion dans le Bas-Valais, que le Haut traitait en sujet depuis 1475. Aussi quand les troupes françaises pénétrèrent en Suisse, les gens de Monthey et de St.-Maurice plantèrent, le 28 janvier 1798, 'arbre de la liberté, symbole de leur libération. Effrayés par ce geste, les patriotes se hâtèrent de reconnaître l'indépendance du Bas-Valais, et la nouvelle constitution, élaborée avec le concours du résident français Mangourit, abolit les droits féodaux et la servitude personnelle, et le Valais adhéra à la république helvétique au mois d'avril.

Après cette conquête démocratique, le Valais vécut des jours affreux. Son sol devint un champ de bataille pour les armées françaises et autrichiennes. N'allez pas croire notre population au bout de ses peines. Bonaparte convoitait le Valais pour s'ouvrir le passage des Alpes par le Simplon. En novembre 1801, il fit occuper le pays par le général Tureau, qui ne recula devant aucun moyen pour forcer les habitants à se donner à la France. Il destitua le préfet valaisan Emmanuel de Rivaz, en janvier 1802, le remplaçant par L. Pittier, d'Orsières, gagné à sa cause. Vers la fin février, des députés de 74 communes se trouvaient à Berne pour protester contre les vexations du général français, demandant à rester suisses. Parmi ces députés figurent : Vincent Constantin, de Nax, Jean Jacquod, de Vernamiège, Joseph Mathieu, de Mage, et Augustin Seppey, d'Hérémence. La commune d'Evolène transmit sa protestation par lettre. Entre temps, Tureau encaissait les contributions indirectes pour les besoins de sa troupe; puis en mars, il plaça des compagnies dans les communes récalcitrantes. Firent des arrêts tous les députés qui accomplirent le voyage à Berne. Le 24 mars, plusieurs communes se virent frappés d'une contribution extraordinaire : Nax, 400 fr.; St.-Martin, 500 fr. Nax refusa, résolu d'attendre l'exécution militaire. Quand à St.-Martin, les troupes n'y séjournèrent que deux jours, grâce au paiement d'un acompte de 50 fr. En juillet, 100 soldats arrivèrent à Nax qui reçut, de plus, l'ordre de verser, avec Vernamiège, 800 livres françaises dans les 48 heures. On dut s'exécuter.
Enfin, le 5 septembre 1802, la diète, réunie sous la protection des Suisses, proclama l'indépendance du Valais. Des délégués de la France et de l'Italie, garants, avec l'Helvétie, de notre indépendance, signèrent une proclamation, notifiant l'entrée en fonction du Conseil d'Etat.
Comment ne pas accueillir cette nouvelle avec des transports de joie ? On respirait..., après cinq années de ruines et de tyrannie.
La consitution de 1802 reconnaissant douze dizain; notre vallée forma celui d'Hérémence, avec les limites du district actuel, moins Ayent.
Peu après, les troupes françaises quittaient le pays qui jouit enfin de quelque repos.
Le 14 septembre 1810, les Valaisans apprirent avec stupeur que Napoléon, au mépris de la parole donnée, venait de supprimer notre indépendance, annexant notre pays à l'Empire français sous le nom de département du Simplon. Les dizains devinrent des cantons; les lois et le code français nous furent imposés.
Adieu liberté tant désirée ! Le même jour, avec ses troupes, le général Berthier prenait possession du Valais.
Mais l'étoile de Napoléon ne tarda pas à s'éclipser. Le 31 décembre 1813, le général autrichien Simbschen occupait notre pays par ordre des puissances alliées et, le 4 août 1815, on nous agréa comme vingtième canton suisse.
Voilà à grannds traits, une esquisse historique de nos communes jusqu'en 1815. Pour complèter cette vue d'ensemble, nous croyons utile de parler encore de la liquidation du passé, des écoles, du district et de ses autorités.

Appendice 1 - Liquidation du passé

Depuis 1798, le régime féodal avait vécu. Plus de gouverneurs, plus de majors, vidomnes, métraux ou sautiers, et, de 1810 à 1814, plus même de diète. Tous les citoyens apparaissaient égaux devant la loi. Il fallait liquider le passé en supprimant les redevances féodales encore existantes. Voilà ce que stipulait la constitution de 1802. Appelée à statuer sur le mode d'exécution de l'article 22, l'assemblée souveraine décréta la suppression des fiefs. Quand aux fiefs ecclésiastiques, le Pape Pie VII, par rescrit du 14 mars 1806, consentit à leur cession, moyennant un prix équitable. Ce rachat, grâce à la bonne volonté des communes, de Mgr Blatter et du vénérable chapitre, put s'effectuer, la même année (1806), à Nax, Vernamiège et Evolène. A St.-Martin, en 1808. Mage s'était libéré auparavant. Plusieurs rachats s'opérèrent déjà au XVIè et XVIIè siècles dans diverses communes.

Appendice 2 - Les écoles primaires

Aussi loin que remontent les chartes, l'on voit les évêques de Sion recommander vivement à leurs prêtres d'instruire le peuple sur la religion et les connaissances élémentaires. Ainsi le fit, en 1219, Mgr Landri de Mont. Sous cette impulsion, des écoles paroissiales se fondèrent aux XIIIè, XIVè et XVè siècles. On y enseignait aussi le latin.
Ne prouve-t-il pas l'existence des moyens de s'instruire en Valais, le nombre considérable de prêtres et de notaires fournis, à cette époque, par nos communes rurales ? Les ressources auraient manqué pour fréquenter les universités étrangères.
A Sion le chapitre possédait une école tenue par des prêtres et, à partir de 1400, aussi par des laïcs.
Mgr Hildebrand Jost, fils lui même d'un maître d'école de Münster, le notaire Jean Jost, dans ses constitutions synodales publiées en 1635, considère les écoles primaires ou populaires comme un bienfait pour le pays. Constatant l'abandon de plusieurs classes en ces temps de relachement, il ordona de les rétablir, et d'en ouvrir d'autres dans les principales localités. Qu'on y enseigne, au moins pendant l'hiver, à lire et à écrire en latin et en langue maternelle. L'instruction religieuse se donnait à la paroisse, à l'église, surtout pendant l'Avent et le Carême.
Peu à peu, ce n'est pas seulement dans les principales localités de la plaine, mais jusque dans nos communes de la montagne, que des écoles s'ouvrirent au XVIIè, ou au moins au XVIIIè siècle, grace à des fondations pieuses.
On érigea ça et là, au XVIIIè et XIXè siècles surtout, des rectorats scolaires, soit des bénéfices pour des prêtres spécialement chargés d'une école élémentaire ou secondaire.
Lorsqu'en 1828 parut la première loi scolaire rendant obligatoire l'établissement d'écoles pour les enfants de 7 à 14 ans, sur 105 instituteurs et institutrices, 73 étaient des prêtres. On le comprend facilement quand on sait que, le 10 septembre 1841 seulement, l'état décréta l'institution d'une école notmale pour la formation des maîtres.
En 1849, notre vallée ne possédait encore que deux régents brevetés, Antoine Beytrison d'Evolène et Jean Pannatier, de Vernamiège, après le premiers cours d'école normale en 1846. Viennent ensuite Alphonse Grand, de Vernamiège, en 1852, Jean Georges Sierro, d'Hérémence, en 1853, Jean Beytrison, Jean Favre, de St.-Martin, en 1857, ainsi qu'Antoine Favre, de Vex.
Il faut aller jusqu'en 1864 pour trouver dans notre vallée, la première régente brevetée, Anne-Marie Mayorraz d'Hérémence.
Les lois de 1840 et 1845 mettent les écoles sous la haute surveillance de l'évêché et du département de l'intérieur, tandis que celle du 31 mai 1849 crée le département de l'Instruction Publique, avec trois inspecteurs scolaires pour tout le canton, et des commissions dans les communes. Jusqu'en 1902, les écoles primaires et le traitement du personnel enseignant demeurèrent entièrement à la charge des communes, heureuses quand elles disposaient, à cet effet, de fondations diverses.

Appendice 3 - Organisation administrative après 1798

Sous le nouveau régime, la commune politique, distincte de la bourgeoisie, eut un conseil, avec les attributions actuelles, sauf celles réservées, de 1798 à 1802, au conseil de régie : bourse communale, bourse des pauvres, inspection des bâtiments et des forêts.
De plus, la constitution de 1798 établissait, dans chaque commune, un agent servant de liaison avec l'autorité supérieure.
Enfin, dans le dizain, un sous-préfet nommé par le préfet national et soumis à ses ordres. L'agent disparut en 1802; quant au sous-préfet, supprimé en 1802, il apparut de nouveau en 1810, sous l'Empire qui confia l'administration communale à un maire avec son adjoint, nommé par le préfet du département. Le sous-préfet servait d'intermédiaire entre le préfet et la commune.
De 1802 à 1810 et de 1815 à 1848, les communes possédaient, à côté du conseil, deux syndics chargés des recouvres et des peiaments de la communauté. Leur office revint au conseil après 1848.
La loi du 20 mai 1826 prévoyait des mebres du conseil nommés à vie ou pour 12 ans; les présidents et vice-présidents, pour deux ans, mais rééligibles.
Du reste, l'organisation communale demeura, depuis 1815, dans ses grandes lignes, ce qu'elle est aujourd'hui.
Voici les agents communaux (1798-1802): Jean Sierro, pour Hérémence; Maurice Fournier, à Nendaz; Jean Métrailler, pour Salins; Antoine Moren, aux Agettes; Barthélémy Favre, pour Vex; Jean Maître, pour Evolène; Jean Vuignier, à St.-Martin; Jean Martin Rossier, pour Mase; Jean Chrétien Berthoz, pour Nax et Vernamiège.

Appendice 4 - Le district d'Hérens

Jusqu'en 1798, toute notre vallée faisait partie du dizain de Sion. La constitution de 1798 créa le dizain d'Hérémence, comprenant notre vallée aves Salins, Veysonnaz et Nendaz, qu'on détacha en 1802, pour les réunir à celui de Sion. En 1810, notre dizain devint le canton d'Hérémence, avec les mêmes limites qu'en 1802. Hérémence dut céder à Vex la prérogative de chef-lieu quand, en 1815, notre vallée dorma le dizain d^Hérens avec Savièse, Arbaz et Ayent.
En 1839, Savièse et Arbaz allèrent de nouveau à Sion, tandis qu'Ayent nous resta fidèle.
La constitution de 1848 substitua le nom de district à celui de dizain; depuis nous avons le district d'Hérens avec Vex comme chef-lieu.
Tel fut, au point de vue politique, le sort successif de notre vallée.
De 1798 à 1802, la diète ne compta que huit membres. Comme bien on le pense, notre vallée n'obtint par de représentant.
La constitution de 1802 prévoyait un député sur 2000 votants. Ainsi nous eûmes des députés, dont le président du dizain, Vincent Favre, des Agettes, et Jean Maître, président et châtelain d'Evolène.
Depuis 1802, dans chaque dizain, se trouvait un conseil formé des représentants des communes et dont le président faisait, de droit, partie de la diète. Les vice-présidents de ce conseils furent : Georges Genolet, d'Hérémence, (1802-1806), Jean Dayer, notaire (1806) et Pierre Dayer, maire d'Hérémence en 1810.
Vincent Favre garda la présidence jusqu'en 1817. En 1815, on fixa à quatre par dizain le nombre de députés, à nommer pour deux ans par le conseil désenal.
La constitution du 3 août 1839, finalement accpetée par tout le canton le 6 avril 1840, établit la représentation proportionnelle, à savoir l'élection des députés par le peuple, à raison d'un député pour 1000 âmes.
De la sorte, en 1840, le dizain d'Hérens, avec une population d'environ 5200 âmes, put élire 5 députés.
Les présidents et vice-présidents du conseil désenal furent remplacés, depuis 1848, par les préfets et les préfets substituts nommés par l'Etat. Nous donnons ci-après la population des communes du district, selon les recensements de 1798 à 1930, ainsi que les présidents et les préfets du district.

Chapitre V

La commune de Nax

En 1034, la population de Nax-Vernamiège avait, sans doute, une certaine importantce, puisqu'on jugeau opportun d'y fonder une paroisse rurale.

Nax
Faute de documents, impossible de dire à quelle date ces deux communes obtinrent les premières franchises. La première charte intéressante à ce sujet est de 1285. Cette année, Jacques Guerzens de Nas (Nax), Pierre Vevey de Palaïa, Jean du Crou du quartier sous l'église; Bicho de Bornué, (ferme entre Nax et Vernamiège); Michel de Vico (du bourg, aujourd'hui Marbozet); Lambert des prés; Henri de Nas, Guillaume des Balmes, Pierre Gay, Jean Amici, Etienne de l'Eglise, Jean du Four, au nom de la communauté de Nax, cèdent pour le prix d'une redevance annuelle de 2 fischelins de seigle et de froment, et d'un fischelin de fèves, en faveur de la confrérie de Nax, ä Jean d'Albi de Nax, pour lui et ses héritiers, à savoir le fumier des chemins publics, de la fontaine jusqu'au lac (buyl), à la condition de maintenir le chemin en état de propreté, à la satisfaction générale.
Le major de Vernamiège signe comme témoin avec trois autres; le notaire stipulateur fut Walcherus Magistri.
Que nous apprend cete charte ? Nax formait déjà une agglomération, le quartier de l'église, ceux du bourg, du crou, du four banal; puis des maisons isolées à Palaïa, dans les prés, aux Balmes et à Bornué. La confrérie ne èpeut être que la confrérie du Saint-Esprit, instituée à peu près partout pour le soulagement des pauvres.
Notons surtout qu'à cette date, la communauté de Nax jouissait déjà d'une certaine autonomie; le major n'intervenait que comme témoin dans la vente. Le chemin public, avec le "raclon", appartenaient à la généralité. Aujourd'hui, comme alors, les eaux du bassin et des prés vont se perdre dans un creux, voisin du Crou, appelé lac ou byul. Nax possédait donc des droits de police rurale et d'édilité bien caractérisés.
Dans cette charte, le nom du syndic ou procureur ne parait pas encore, mais un groupe de communiers des divers quartiers. Nicolet du Côtard de Nax, en 1311, vend seul, au nom de la communauté, une rente d'une fischelin de sigle à Berchtold de la Rua.
En 1329, figurent deux syndics: Pierre Willenci et Antoine du Crou. Concluons qu'à cette époque, Nax avait déjà deux magistrats nommés par la communauté, chargés de passer des actes, de diriger les corvées, d'imposer les bans, etc.
Selon une charte de 1397, les communiers de Nax se réunirent pour décider la vente d'un droit de pâturage d'automne sur certains prés, après le regain, vente consentie à Guillaume Torrent de Vernamiège et à ses frères, pour le prix de 20 livres.
Un procès entre Nax et Vernamiège au sujet des pâturages, liquidé en 1328 par Mgr Aymon III de la Tour, comme arbitre entre les parties nous rélèves des circonstances intéressantes pour l'histoire des deux communes.
A cette date, Nax et Vernamiège, bien que constituant une seule paroisse et une seule majorie, apparaissent deux communes distinctes, jouissant chacune de leur alpage, Nax avec Gothier et Vernamiège avec Pralovin. Mais les sommets, au dessus del azone forestière (2000 m a alt.), selon entente épiscopale, restaient pâturages indivis entre les deux communes, sans rien changer aux droits de chacun à la propriété du sol et de la forêt.
Il en résulte qu'avant cette date, le territoire de ces communes possédait les limites actuelles.
Représentaient les communes, les syndics Pierre de Pissot, Nax, le major Jean, Vernamiège. Cet officier agit, non en qalité de représentant de l'évêque, mais comme procureur de sa commune.
Nous concluins des faits qu'au XIIIè siècles, sinon plus tôt, Nax et Vernamiège constituaient des communes autonomes dans une certaine mesure, avec territoire propre, jouissance de certains droits sur les forêts, pâturages, incultes, chemins, etc. Leurs syndics pouvaient vendre, acheter, échanger. Evidemment, tous ces droits apparaissaient des concessions, des faveurs accordées par le seigneur du lieu, contre paiement de droit déodaux.
Plus les communes se développent, plus elles prennent conscience de leurs droits, exposées parfois à les outrepasser.
La sentance épiscopale de 1328, au sujet du pâturage indivis entre Nax et Vernamiège, donna lieu à des contestations en 1362, 1371, 1380, 1408, 1503 et 1864. Malgré tout, le premier jugementfit règle.
Un différend surgit également en 1410, entre Nax et Grône au sujet de la délimitation des communes. L'audition des témoins et la découverte des anciennes limites permirent de rétablir les droits de chacun.
A Nax, comme à Vernamiège et dans les autres communes, au moyen-âge, avaient seulement voix délibératives, dans les assemblées communales, ceux qui possédaient des terres dans la localité. On les appelait communiers, parce qu'ils jouissaient des communaux; nous disons aujourd'hui bourgeois. Les bourgeois non domiciliés pouvaient se fafire représenter par un communier: les femmes mariées à des forains par leurs époux.
On se réunissait régulièrement le lundi de la Pentecôte, et dans les cas de nécessité. L'élection des syndics y avait lieu tous les deux ans. De plus l'on traitait des ventes, achats, échanges, conventions avec des particuliers ou des communes voisines; l'imposition de bans de fôrets, d'admission de nouveaux bourgeois, de règlements, de nomination des gardes; l'on prenait des décisions au sujet des procès, du rachat des redevances; enfin, après 1471, l'on désignait les députés à la diète et les officiers militaires.
Chez nous, ces assemblées convoquées deux semaines à l'avance s'annonçaient, le jour même, au son de la cloche. L'on se réunissait sur le cimetière; le major épiscopal présidait avec les syndics et ses conseillers. Un notaire tenait le protocole et il le signait avec deux témoins non bourgeois. Pour délibérer, il fallait la présence des deux tiers, selon le protocole, qui mentionnait parfois tous les participants.
Pour devenir communier ou bourgeois de Nax, une charte de 1559 exige :
1. la naissance d'un père ou d'une mère de l'endroit 2. des biens hérités de ses ancêtres 3. le payement de 20 sols 4. la participation aux corvées Une fille ou une femme, épouse d'un étranger, ne pourra jouir des biens communaux que si elle y possède des biens propres.
Paie une amende d'un demi florin-florin de Sion par jour, quiconque manque aux corvées du printemps ou de l'été; une de 3 sols, en cas d'absence à celle de l'automne. Pour recouvrer ces amendes, les procureurs peuvent charger les gardes d'opérer une saisie, le soir même.
En 1625, l'assemblée reçut dans la Bourgeoisie de Nax Catherine Dufour, de Nax, et ses enfants, quoiqu'elle fut l'épouse d'un étranger, le tailleur Pierre Bovier, de Vex. Elle dut servir 50 livres mauriçoises, 2 setiers de vin, 40 livres de fromage, et 1 pain d'un gros à chaque bourgeois.
En 1341, les syndics, Etienne Donatus et Guillaume Lambert, cèdent, au nom de la commune, à Pierrre Willenci, de Nax, une parcelle de forêt ou tailli appelé Biolet.
La commune, en 1539, achète de Maurice Théoduloz, la scie, vers le torrent, avec places et aqueduc, pour 11 livres. En 1571, elle acquiert diverses propriétés au Rappelut, de Maurice Montannaz; de Jacques Zutter en 1574.
On acheta aussi en 1700, une vigne sur Lens, revendue en 1930; une autre à Saint-Léonard, en 1647, pour 90 écus.
Dès la fin du XVIème siècle, et surtout au VXIIè siècle à nos jours, des familles possédaient des terres à Grône, à Pramagnon. Rien d'étonnant si de nombreuses alliances se conclurent entre personnes des deux localités; que l'on trouve à Frône plusieurs noms de Nax et vice-versa. La commune de Nax avait, du reste, accordé en 1687, droits de bourgeoisie aux hommes de Grône épousant des naxardes, à la condition que Grône accordât la réciprocité aux hommes de Nax s'établissant chez eux. En 1755, on comptait ainsi 21 familles de Nax ayant droit de bourgeoisie à Grône.

Alpage

Sur territoire de Nax, se trouve l'alpe du Gothier, ou des deux Gothiers, comme on disait jadis. Cette montagne constituait un fief noble des seigneurs d'Anniviers, qui la tenaient de la mense épiscopale, du moins la ppartie inférieure, car les communiers de Nax semblent avoir disposé en tout temps de la partie supérieure.
Or, en 1309, Jean, seigneur d'Annivies, cède aussi à la commune l'alpe inférieure, avec chésal, vases et dépendances, inféodée auparavant à Jean Chambaz de Grône. De ce fait, les gens de Grône contestèrent les droits de Nax, sur l'alpe inférieure. En 1501, les gens de Nax portèrent l'affaire devant l'évêque et son official, Jean Grand, affirmant avoir toujours pâturé sur les deux Gothier. Ils obtinrent gain de cause. En 1490, la commune, pour agrandir l'alpage, avait acheté le mayen du Ban.
Enfin, les procureurs Jacques Théoduloz et Jean Bruttin, supplièrent, en 1698, Mgr Adrien V de Riedmatten de mettre leur commune en pleine et perpétuelle possession de la montagne. L'évêque fit publier les barres. Au vu d'aucune opposition, il accorda l'investiture définitive. De nos jours, tout bourgeois de Nax peut alper son troupeau à Gothier.
Des familles de notre localité possèdent aussi, depuis longtemps, des droitrs de l'alpe du Zan ou Haut Champ.

Etranger

Aujourd'hui on fait tout pour attirer l'étranger chez nous; on cherche surtout à gagner de l'argent, sans s'inquiéter des dangers religieux ou moraux qui peuvent en résulter. Nos ancêtres avaient une autre mentalité. Ainsi en 1603 ,les bourgeois de Nax, pour se préserver des indésirables, portèrent défense formelle de leur vendre ou de leur louer maison ou autres édifices, sans la permission de la comunauté, sous peine d'une amende d'un setier de vin.

Four à chaux

Un autre fait prouve les droits de la bourgeoisie dans l'ancien temps; la possession des carrières. Il existe, en effet, à Nax, des carrières de chaux et de plâtre, aujourd'hui abandonnées. Au XVIè siècle, plus tôt sans doute, la commune s'en disait propriétaire. Elle avait ses fours, loués aux communiers qui en fesaient la demande.

Confrérie du St Esprit

L'on constatait en 1285, une confrérie qui ne pouvait être que celle du St-Esprit, institution communale pour le soulagement des pauvres. Cette association possédait des fonds provenant de dons ou d'impositions décidées par les bourgeois. A sa tête on trouve deux procureurs qui recouvraient les revenus en nature, seigle, fèves, vin,; en argent, l'intérêt des capitaux. En 1697, l'assemblée bourgeoisiale imposa à tout nouveau membre l'obligation de verser un ducaton de 55 gros de Sion; quatre ans plus tard, même aux anciens bourgeois. Une charte de 1501 parle du pressoir que la commune avait, depuis longtemps, fait construire pour fouler la vendange de la confrérie comme celle des particuliers.
Vers 1596, ses avoirs consistaient en un champ, une rente de 31 fischelins et 6 éminals de seigle, 9.5 fischelins de fèves; 190 sols, 11 deniers et 47 livres en argent.
Cette institution existait encore à la fin du XVIIIè siècle; depuis, plus de traces.

Rachat des fiefs

Le 30 avril 1806, les autorités de Nax, Maurice Torrent, président; Jean Bruttin, châtelain; Jacques Bitz, vice-président; les syndics Charles Torrent et Maurice Bruttin, vec l'assentiment de l'assemblée, procédèrent au rachat des droits féodaux, tailles et dîmes, selon la reconnaissance de 1734, y compris les fiefs du bénéfice de la Visitation de la Bse Vierge Marie, mentionnés dans un autre acte, pour le prx global de 5140 écus 10 batz versés au chapitre; 2456 écus à la mense épiscopale; 120 écus au bénéfice-cure; 18 écus au couvent du Grand St-Bernard. On paya comptant une partie de la somme en 1806; pour le solde on constitua le 10 janvier 1807 une créance avec hypothèque sur l'alpe de Gothier. Le payement final s'effectua en 1820.

Incendie de 1838

En 1838, le feu anéantit le quartier de Malboget au village de Nax, au levant de la Cure. Celle-ci se trouva un moment en danger. Selon un témoin oculaire, une fille de Vernamiège porta 200 seilles d'eau sur le toit du presbytère. Pour reconstruire les édifices sinistrés, la commune fournit gratuitement le bois nécessaire.

Chapitre VI

La commune de Vernamiège

Une charte de 1292, nous permet d'affirmer qu'à cette date Vernamiège et Mage formaient deux communautés disctinctes avec leurs magistrats. Il s'agit d'un procès en ces deux localités au sujet du droit de pâturage. On porta l'affaire devant le tribunal épiscopal, Vernamiège représenté par ses deux syndics, Pierre Galat et Jean de la Crête. Dans l'acte on parle aussi des limites, déjà anciennes, séparant leur territoire.

Vernamiege
La vie de communauté des Vernamiègeois s'affirmera également dans la défense des communaux. D'où de nombreux procès; en 1328 avec Nax; en 1385 avec Mage; avec Mage et Nax et 1503; de même en 1410, 1581, 1685, etc.
L'assemblée des communiers porta divers arrêtés.
Ainsi, en 1643, on défendit d'entasser des pierres au bord des champs, de convertir des communaux en culture au-delà de 300 toises par feux, sous peine de confiscation. Qui défrichait devait, en outre, après la troisième récolte, verser la moitié de la semence à la commune.
On permit, en 1538, dans les champs non ensemencés, de faire paître les porcs; après le 8 mai, les chèvres et les moutons. Aux gardes à faire observer l'ordonnance.
En 1564, on rendit obligatoire l'assistance aux assemblées; la participation aux corvées publiques, en 1634, pour les forains comme pour les domiciliés. Tout bourgeois non domicilié devait fournir une caution entre les mains des procureurs. Pour toute absence, on payait une amende, à verser avant la réunion ordinaire du lundi de Pentecôte; sinon la saisie d'effectuait par les procureurs.
On décréta , la même année, que les filles ou femmes épousant des étrangers ou des taillables, perdaient le droit de bourgeoisie. En 1660 on renchérit : les femmes marièes en dehors des communes de Nax et Vernamiège se privaient de pareil avantage, à moins de réciprocité, comme ce fut le cas pour Mage et Bramois.
Pour devenir bourgeois, en 1652, il faut posséder au moins 30 livres de biens-fonds dans la commune, être agréé par l'assemblée et payer un montant, lequel varia suivant les époques, avec une réception aux communiers.
Ainsi, en 1594, on exigeait 100 livres mauriçoises, 2 setiers de vin, le pain d'un fischelin de froment, 40 livres de fromage; en 1823, 200 écus, une croustille aux conseillers et aux bourgeois, plus une chane de quateron en étain, un fusil avec giberne, un gobelet en argent, 1 setier de vin; enfin l'honoraire de 10 messes.
Les enfants légitimes d'un bourgeois, par contre, en 1750, payeront seulement 4.5 écus et un setier de vin, pour l'aîné; les autres devront, de plus, la réception usuelle aux communiers.
En 1564, défense aux non-bourgeois de conduire leurs bestiaux sur les communaux de Vernamiège.
Dans les terrains à forte déclivité, il est d'usage de soutenir les champs par un mur ou un talus gazonné, ce qui coûte et diminue la surface utile.
L'assemblée jugea bon, en 1463, de l'interdire dans un certain parcher délimité, sous peine d'une "merenda" à la communauté, interdiction renouvellée en 1735 et en 1892.
Anciennement la commune avait vendu, paraît-il, des parcelles de comunaux à Rovery. On regretta cette cession en 1508. Aussi décida-t-on de racheter ces portions aux 2/3 de la taxe établie par huit experts, en cédant des parcelles dans une autre région.

Acquisitions

Autrefois, comme aujourd'hui, Vernamiège comptait une forte proportion de terrain inculte : forêt, taillis, pâturage, sepuis la rivière jusque dans la région des mayens. Par contre, on ne disposait guère de pâturage pour l'estivage du bétail.
La commune songea donc à faire l'acquisition de quelques mayens situés entre 1700 et 1900 mètres. En 1459, Pierre de Chevron tenait ces mayens en fief de la mense épiscopale. Celui-ci consentit à vendre pour 16 livres, son mayen de la Vidinda, de 8 fauchées. En 1544, Mgr Adrien de Riedmatten céda à la commune trois autres mayens, les deux prés Lovyn et 1 et 5 fauchées, sans compter forêt et terrain inculte, puis le mayen de Constantine de 8 fauchées, le tout pour le prix de 3 écus d'or et 2 testons.
De la sorte, la commune possédait tout le terrain situé au dessus des mayens actuels des Maresses, espace toutefois insuffisant pour l'estivage de son bétail.
Déjà avant 140, plusieurs familles de Vernamiège avaient acquis des droits à l'alpe d'Arpettaz, rière Mage. Si la commune se chargeait de construire un second chalet en Torrentais, les allodiateurs d'Arpettaz consentaient, en 1450, à l'associer à l'usage de leur alpe.
Depuis 1680 environ, les gens de Vernamiège achetèrent aussi des droits sur la montagne de Larduzan (Haut-Champ), située au fond du val de Réchy, commune de Grône, aujourd'hui sur Nax.
Les allodiateurs de Larduzan se recrutaient autrefois, parmis les ressortissants de Grône et de Nax. En 1881, sur 150 droits, Vernamiège commune et particulier, en détenait 85, Grône 18, Nax 40 et le reste allait à l'hoirie du colonel Adrien de Riedmatten, de Sion.
Quant aux drois seigneuriaux sur cet alpe, les nobles d'Anniviers, les tenaient en fief de l'évêque de Sion. Ils passèrent, en 1351, aux Tavelli de Granges; ensuite aux Roveréa de St-Triphon; enfin en 1603, à la bourgeoisie de Sion, qui renonça en 1881, à tous ses droits pour le prix de 4500fr.
Vernamiège fit d'autres acquisitions de prés et de champs en 1545, 1670, 1765; d'une forge en 1617, de vignes en 1664, 1669, 1680, 1734, 1819 et 1869; enfin d'un moulin à Recoulet, vendu par Jean Lochy, en 1578 pour 11 livres.
Au moment de l'achat, ce moulin menaçait ruine. Un savoyard, Claude Saudan, s'offrit à le reconstruire, avec foulon et scie, à la condition de garder le tout en location. On accepta. La commune exigea 50 livres, mais fournit gratuitement le bois nécessaire.
Faut-il mentionner, en 1373, la vente de l'esu des moulins pour l'arrosage des prés d'Erbioz, à Chrétien de Bornué et, en 1868, à Philippe Mayor pour sa ferme du Creux de Nax ? ou la vente faite à M. Henri de Lavallaz, de Sion, des eaux de la Borgne, en 1909 ? Cette concession passa ensuite à la S.A. d'Aluminium de Neuhausen.
Chacun sait Vernamiège, Nax et Mase actuellement réliés à la plaine par une route carossable. Le 8 octobre 1931, le premier camion arrivait chez nous.

Rachat des fiefs

En vertu de la constitution de 1802, Vernamiège s'entendit, en 1806, avec le chef du diocèse pour le rachat des fiefs de la mense épiscopale. On tomba d'accord pour le prix de 2500 écus de 50 gros. Quand à la dîme de 40 fichelins de seigle, le prélat consentit à relâcher le quart, si la commune continuait à s'acquitter en nature. C'est ce qu'on fit jusqu'en 1876. A cette date le rachet eut lieu pour le montant de 4000 fr. Vernamiège se libéra aussi, en 1873, de fournir du bois pour le pont du Rhône en payant 605 fr. 97, aves les arriérés.

Confrérie du St Esprit

Cette institution charitable subsista jusqu'à la fin du XVIIIè siècle. En 1645, elle disposait d'une rente de 35 fischelins de seigle et de 2 fischelins de fèves.

Local des assemblées

En 1588, l'on construit une maison communale au centre du village, près du four banal. Depuis, les assemblées se tinrent dans ce local. On se réunissait auparavant sur laplace publique, appelée aujourd'hui encore la "Plassettaz".

Appendice 1 - Notaires de Vernamiège

Pierre de Vernamiège (1273) Antoine Grand (1372) Jean Bertha (1358-1380)
Jacques de Torrenté (1414) Antoine de Torrenté (1440-1479) Jacques Andrenod (1470)
Jean Rubin (1461-1503) Pierre Plassettaz (1514) Jean Pannatier (1613)
Jean Grand (1652) Jacques Grand (1643) Thédodule Pannatier (1684)
Antoine Pannatier (1705) Jean Berthod (1786) Alphonse Pannatier, né en 1811

Appendice 1 - Notaires de Nax

Jaccoz de Nax (1311) Jean Ruvina (1475) Jean du Tour (1485)
Maurice Chablesi (1528) Jean Warelli ( 1540) Jean Bruttin (1560)
Maurice Ruvina (1594) Maurice Vernoz (1613) Maurice Bruttin (1613)
Théodule Matter (1609) Maurice Bitz (1631) Jacques Bruttin (1709)
Antoine Bruttin (1709) Jacques Torrent (1719) Jean Torrent (1374)
Jean Théoduloz (1725) Jacques Bovier (1787) Maurice Bruttin (1788)
Jean Jacques Bruttin (1788) Maurice Borra (1796-1790) Etienne Udrisard (1769)
Jean Bitz (1725)    

Appendice 5. Les familles de Vernamiège

des familles domiciliées à Vernamiège et mentionnées dans les chartes, plus de 80 disparurent. Parmi les survivantes, plusieurs, originaires de Vernamiège, ont des représentants à Nax : tels les Bitz, les Berthod, Les Follonier, les Grand, les Jacquod, les Maury, les Pannatier, les Valiquer et les Torrent. Ces derniers paraissent dans une charte de 1034. Eteints à vernamiège vers 1480, ils figurent à Nax depuis 1352. Les Valiquer (Walker) venus de Mörel vers 1600, n'existent plus à Vernamiège, mais bien à Nax.
Dans les chartes , les Grand apparaissent en 1255; les Pannatier en 1359; les Berthod (Bertha, Berthey) en 1333; Bitz s'orthographiait Bichet en 1342, Bich en 1486, Bitz en 1508, Biczs en 1548. Jacco ou Pellerin, aujourd'hui Jacquod se trouve à Vernamiège dès 1441.
Venus d'Evolène, Les Maury sétablirent en 1670. Une famille Follonier de Suen se fixa à Mage en 1777, puis à Vernamiège en 1792.
Nous avons en outre les noms suivants :
Les Bruttin (1224), les Balet, de Grimisuat (1812), les Constantin, d'Arbaz (1747), d'Ayent (1813) et de Loèche les Bains (1853), les Comina, d'Italie (1860), les Largey (1239), les Melly, d'anniviers (1822), les Favre, de Saint-Luc (1724), les Métral (1300), les Métrialler, de Vex (1849), les Solioz, d'Anniviers (1742), les Théoduloz (1455), les Udrisard (1466), les Voide, de Saint Martin (1856), les Zermatten, de Mase (1809), les Zutter (1441), les Vuarnier, de Mase (1809), les Bovier, de Vex (1628), les Dubuis, de Savièse(avec un seul représentant)

Appendice 6. Les fammiles de Nax

On relève dans les chartes environ 170 familles de Nax, aujourd'hui disparues.
Des familles actuelles, Les Grand viennent de Vernamiège dpuis 1697 et 1788, les Berthod en 1903, les Follonier en 1926, les Jacquod en 1836, les Maury en 1877, les Pannatier en 1850 et les Valiquer vers 1700.

Chapitre VII

La paroisse de Nax

VII.1 La paroisse et ses curés

Avant 1034, Nax et Vernmiège se rattachaient, au spirituel, à la paroisse de Saint-Pierre-hors-les-murs de Sion, comme du reste toute la vallée d'Hérens.
La tradition locale veut qu'il y'eut à Nax, avant la première église, une chapelle située un pèeu au Nord du village actuel.
Par une charte des archives de Vernamiège (D8), nous savons que Mgr Aymon II, fils du compte de Savoie, Humbert Ier, prévôt de l'Abbaye de St.-Maurice, vint à Nax le 22 septembre 1034 consacrer l'église paroissiale sous le vocable de Saint Maurice.
Le même jour, l'évêque s'occupa de de constituer le bénéfice curial. Les familles de Vernamiège y allèrent de leurs contributions spontannées. Le major Isembert souscrivit, pour sa part, une rente annuelle de 8 fischelins de seigle; les ménages aisés : Constantin, Torrent, Engeldran, Ronoveir et Costable, 4 fischelins; les autres, 2 fischelins.
Faute de documents, nous ignorons le nom des curés jusqu'en 1203. A partir de cette date nous connaissons la plupart, au moins par leur prénom. Ils s'appellent tantôt curés, vicaires, chapelains ou simplement prêtres de Nax. Pour le comprendre, il convient de savoir que, dans notre paroisse dépendant du chapitre, un chanoine de Sion portait habituellement le titre de curé jusque vers la fin du XVIè siècle. Le chanoine-curé, n'y résidant guère, se faisait remplacer par un prêtre, véritable desservant de l'église. Ne nous étonnons pas, dès lors, de trouver à la même date un curé et un vicaire; l'un en titre, l'autre en office. Un petit nombre de chanoines-curés figurent dans les listes, les chartes mentionnant plutôt le desservant. Disposant du droit de chancellerie, le vén. chapitre chargeait les administrateurs de stipuler les contrats en son nom; parfois un clerc, juré ou notaire désigné pour une région déterminée.

Evolution des prix et salaires

Pour faciliter l'intelligence des monnaies et mesures mentionnées dans cette étude, nous en donnons ici l'équivalence:

1. Monnaies
1 sol = 12 deniers
1 denier = 2 oboles
1 obole = 2 pogésies = 4 pites
1 ambrosienne= 5 deniers
1 Kreutzer = 4 deniers = 2 carts
1 obole = 1/4 cart = 1 mélia
1 batz = 4 kreutzer
1 gros = 1/2 batz
1 thaler ou écu de l'évêque (en 1497) = 30 batz
1 écu bon, ou couronne, ou écu d'or (1760) = 25 batz = 3 fr62 (1850)
1 livre mauriçoise = 27 gros de Sion = 13 1/2 batz = 1fr 92 (1850)
1 franc helvétique (1800-1850) =
1 louis d'Or (1770) = 22fr70 (1850)
1 pistole = 4 1/2 écu (1770) = 16 fr 30 (1850)
1 ducaton (1658) = 55 gros
1 Florin (1470) = 6 sols et 8 deniers
La valeur de la monnaie changea de siècle en siècle.
En 1268, une journée d'ouvrier, sans la pension, valait 16 deniers (ce qui correspond à la valeur d'une épaule de porc)
En 1378, un cheval se vendit 30 florins d'or ou 200 sols
En 1416, 50 livres de froment se payaient 40 deniers
En 1560, une journée d'ouvrier valait 1 Kreutzer, une livre de fromage coûtait 1 Gros, 1 fischelin de seigle 26 gros.
En 1760, une journée d'ouvrier valait 6 à 7 batz, une livre de beurre cuit, se payait 3 batz (frais, 2.5 batz), un fischelin de froment 44 batz, de seigle 34 batz, une mesure de sel 3 batz.
En 1806, on payait :
1 fischelin de froment 2.5 écus
1 livre de viande fraiche (boeuf), 10 kreutzer
1 livre de beurre frais 5 batz
1 livre de fromage gras 3.5 batz
En 1836, on payait :
1 fischelin de seigle, 1 écu et 8 batz
1 livre de fromage 3 à 3.5 batz
1 litre de vin blanc, 2.5 batz
C'est après 1848, qu'on décréta l'unification de la monnaie en Suisse. Au change de la monnaie ancienne, en 1850, le gros fut estimé à 3.5 centimes, le batz à 14.5 centimes, et l'écu ou couronne à 3 fr 62.
II. Mesures pour le blé
1 éminolet = 1 litre
1 éminal = 2 litres
1 copain = 4 litres
1 quarteron = 8 litres
1 bichet = 16 litres
1 fischelin = 32 litres
1 sac = 4.5 fischelins
1 boisseau ou muid = 3 sacs
1 copet (Hérémence) = 1/9 de biches
1 tercin = 3 copets (1680)
III. Mesures agraires
1 pose ou seyteur de pré (1684) = 800 toises (auparavant 600 toises)
1 toise = 1m92
1 toise carré = 3.80m2
1 toise = 6 pieds
1 journalier de champs = de 800 à 1000 toises
1 pose de vigne = 200 toises
IV. Mesures pour le vin
1 setier = 37 litres
1 quarteron = 2 pots = 4 quartettes = 3 litres
1 muid de vin = la charge de 3 chevaux.

En 1268, une journée d'ouvrier valait, sans la pension, 16 deniers, soit 1 sol et quatre deniers. Ce revenu représentant donc environ 50 journées d'ouvriers.
La valeur des monnaies a naturellement beaucoup varié, d'un siècle à l'autre, et l'on peut dire que la question sociale ne se posait pas au haut moyen âge tant décrié, avec la même acuité qu'à notre époque.
La journée d'ouvrier valait 16 deniers, mais avec 16 deniers, l'ouvrier de 1268 pouvait s'acheter une épaule de porc, un beau jambon. Ces comparaisons du pouvoir d'achat ne plaident pas toujours en faveur de notre époque si éminemment progressiste et industrialisée.
En 1560, la journée d'ouvrier valait 1 kreutzer, et 1 kreutzer valait 8 gros. La livre de fromage se vendait 1 gros. Avec les 8 gros qu'il avait gagnés, l'ouvrier pouvait s'acheter 4 kilos de fromage.
Quel ouvrier de campagne de notre époque pourrait se payer de telles aubaines, avec l'argent de sa journée ?
Plus nous nous rapprochons des temps modernes, moins intéressante devient la comparaison.
En 1760, un ouvrier gagnait 6 batz, et le kilo de beurre se payait à peu près ce prix. Un fischelin de seigle valait 34 batz.
En 1806, nous trouvons la livre de beurre à 5 batz, la livre de fromage gras à 3 1/2 batz, le litre de vin à 2 batz.
Les fluctuations de la valeur du blé sont intéressantes.
En 1416, on payait 40 deniers les 50 livres de froment, soit 10 kreutzers ou 80 gros ou 10 journées d'ouvriers.
En 1560, le fischelin (32 litres) de seigle se vendait 26 gros, soit un peu plus de la valeur de 3 journées d'ouvriers pour 32 litres de seigle. Le blé était cher autrefois.
L'introduction des chemins de fer a fait baisser le prix du blé dans de très grandes proportions.

Sources

-Essai d'histoire de la vallée d'Hérens. (Abbé A. Gaspoz et Abbé J.E. Tamini
Armorial Valaisan de 1846, "Description du Département du Simplon" de 1812, M. Schiner, Bibliothèque cantonale du Valais, Site Rero